Le contraire de l’amour n’est pas la haine
——En 14 ans, vous avez été confronté toutes sortes de soucis et de difficultés. Qu’en retirez-vous ?
GEN Une forme d’indifférence se répand dans la société. L’un des signes les plus préoccupants est l’augmentation des gens qui meurent seuls. En 1981, quand Mère Teresa était venue au Japon, tout en étant étonnée de la richesse du Japon, elle avait déclarée : « De nombreux Japonais sont indifférents aux faibles et aux pauvres. De nombreux riches matériellement sont indifférents aux autres. Le contraire de l’amour n’est pas la haine, contrairement à ce que l’on croit habituellement, c’est l’indifférence ».
Rien n’a changé au Japon par rapport à il y a 30 ans. Au contraire, la situation s’est empirée. L’indifférence se répand même entre parents et enfants, qui forment la base des relations humaines. Il y a trop de parents qui ignorent ce que font leurs enfants, qui ils fréquentent, ce qu’ils mangent. Et quand vous ignorez ce que font vos enfants, comment voulez-vous vous intéresser à ce que font les autres ? Je ne peux m’empêcher de penser que la sensibilité en tant qu’être humain diminue.
——Comment faire pour changer la société ?
GEN Il faut changer l’organisation de la société dans son ensemble. Les disparités vont s’élargir de plus en plus dans la société japonaise. Les personnes âgées s’arc-boutent sur les richesses qu’ils ont accumulées afin de protéger leur mode de vie, pendant qu’à l’autre extrême de la société, ceux qui souffrent sont de plus en plus pauvres. Même juste un peu, il serait bien que chacun ne pense pas qu’à soi-même, mais aussi aux autres. Si on relançait dans l’économie, ne serait-ce que un dixième de ce que chacun gagne, que ce soit sur le marché ou par des dons, le Japon changerait radicalement. On dit que les économies dormantes au Japon s’élèvent à 30 mille milliards de yens. J’aimerais qu’une infime fraction de cela soit dépensée pour les autres. Et si cette idée se répandait dans le monde entier, cela changerait aussi de façon radicale le Japon. Ce n’est pas l’argent qui fait vivre. On ne peut pas vivre uniquement d’argent. On est un humain parce qu’on vit en intercommunication avec les autres. Ce sont les liens avec les autres, la plus grande richesse. Voilà ce que m’ont appris ces quatorze années d’activité.
(Propos recueillis par Kondô Hisashi, Nippon.com. Photos : Nagasaka Yoshiki.)

