Le Japon partie prenante en mer de Chine méridionale
Dans les litiges en mer de Chine méridionale, le Japon a lui aussi des intérêts à défendre. Historiquement parlant, il a occupé la quasi totalité des îles au cours de la Seconde Guerre mondiale, et renoncé aux îles Spratleys à la fois dans le Traité de paix de San Francisco et dans le Traité de paix sino-japonais avec la République de Chine. Dans un certain sens, les conflits territoriaux de la seconde moitié du XXe siècle résultent donc de la renonciation du Japon à ces îles après-guerre.
Aujourd’hui encore, la mer de Chine méridionale reste une voie maritime importante pour le Japon et, dans la mesure où il existe un lien entre les litiges territoriaux en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale, le Japon est partie prenante dans les revendications antagonistes dont ces eaux sont le théâtre.
Le Vietnam et d’autres parties prenantes, qui sont conscients que l’implication des États-Unis dans ces conflits est vouée à rester limitée, se sont tournés vers le Japon et attendent de lui un soutien plus fort. Mais le Japon n’est pas en mesure de satisfaire pleinement ces attentes, car il est peu probable que les Forces maritimes d’auto-défense soient déployées en mer de Chine méridionale dans un avenir prévisible. On peut envisager que Tokyo envoie des bâtiments de la Garde côtière japonaise, mais leurs capacités sont déjà trop sollicitées pour faire face aux incursions des navires chinois en mer de Chine orientale. Pour le moment, le scénario le plus plausible est que le Japon continue de fournir des navires de patrouille et une assistance au renforcement des capacités de ses partenaires, y compris en termes de formation du personnel.
Cinq approches pour contrer Pékin
Que peut faire la communauté internationale pour contrer la volonté unilatérale de la Chine de poursuivre son expansion territoriale ? Jusqu’ici, les protestations contre la construction d’installations militaires sur des îles artificielles ne se sont pas avérées très efficaces. Mais il est sans doute possible d’en faire davantage pour empêcher la Chine de s’approprier d’autres récifs et d’y bâtir des pistes d’atterrissage. Pour commencer, le renforcement de l’engagement des États-Unis faciliterait grandement la tâche et le Japon a, lui aussi, un rôle important à jouer à cet égard.
En second lieu, il conviendrait de prendre des mesures pour éviter que les incidents ne débouchent sur des conflits ouverts, par exemple en obtenant des pays de la région qu’ils se mettent d’accord pour faire obstacle à ce genre de dérives et en mettant en place un téléphone rouge pour faire face à toute urgence. Ce serait une bonne chose non seulement en mer de Chine orientale mais aussi en mer de Chine méridionale.
En troisième lieu, il faudra, pour contrer l’expansion de la Chine, renforcer les capacités des gardes côtières et les effectifs maritimes des pays concernés, et il s’agit là d’un domaine où le Japon est tout particulièrement apte à jouer un rôle important.
Quatrièmement, il faudra consentir davantage d’efforts et poursuivre le dialogue pour rapprocher les points de vue divergents, par exemple en ce qui concerne l’interprétation du droit international. La Chine doit, bien entendu, prendre part à ces efforts, ainsi que des pays extérieurs à la région comme les États-Unis et les nations européennes.
Pour finir, les initiatives diplomatiques doivent prendre une nouvelle vigueur si l’on veut contrebalancer l’afflux de propagande chinoise déversé sur le public à l’échelle mondiale. Ces initiatives, soit dit en passant, auront davantage d’efficacité si elles ne se cantonnent pas à la souveraineté et aux revendications territoriales.
C’est ainsi, par exemple, que la politique de récupération de terres menée par la Chine en mer de Chine méridionale a de lourdes conséquences sur l’environnement. Ce constat pourrait constituer un puissant argument pour faire barrage aux projets de décharge de matériaux, d’autant qu’en Occident la société civile et les médias ont tendance à se préoccuper davantage de la destruction des récifs coralliens que des litiges relatifs à des îles lointaines. Cette remarque m’a été faite par des chercheurs occidentaux auxquels je venais de parler des « vérités » historiques qui se trouvent à l’arrière-plan des revendications territoriales du Japon. Tout bien considéré, l’important dans la diplomatie, c’est – peut-être même plus que de convaincre les autres de la légitimité de votre propre position – de capter et de garder l’attention de votre audience cible grâce à des sujets qui l’intéressent.
(D’après un original écrit en japonais le 21 décembre 2015.)