Les orientations des capitaux internationaux ne sont pas les mêmes au Sud et à l’Est

La zone des Senkaku est une zone maritime qui, comme nous venons de le voir, présente des risques pour la Chine. La raison pour laquelle elle n’a cessé de rechercher auprès du Japon la mise en suspens de la question de la souveraineté sur les Senkaku est aussi son désir d’éviter un conflit. J’analyse pour ma part l’établissement de la nouvelle zone de défense aérienne chinoise (« zone d’identification de la défense aérienne ») en novembre dernier comme une tentative, en utilisant une manœuvre assez brutale, de forcer le Japon à accepter cette mise en suspens alors qu’il n’a évidemment aucune raison de le faire.
Définir une zone de défense aérienne incluant l’espace aérien japonais au-dessus des Senkaku fait augmenter d’un seul coup le risque de confrontation militaire. Si, confrontés à cette nouvelle réalité, le Japon et les États-Unis acceptaient alors une proposition chinoise de discuter d’un mécanisme destiné à l’éviter, il serait au moins possible de parvenir à un compromis par lequel les mouvements des avions et des bâtiments militaires seraient restreints à proximité des Senkaku. Du point de vue chinois, cela reviendrait à une mise en suspens de facto de la question de la souveraineté.
Mais la Chine montre un tout autre visage en mer de Chine méridionale. Face au Vietnam ou aux Philippines, elle peut laisser ses bâtiments de la classe des patrouilleurs se lancer dans des collisions. Même si elle envoyait des bateaux de guerre ou un porte-avions, la probabilité d’une escalade qui aboutisse à un conflit international de grande ampleur est faible. Cela signifie, en d’autres termes, qu’elle n’a pas à envisager sérieusement le risque que les capitaux internationaux se retirent de Chine .
La Chine a déjà été en guerre avec le Vietnam, à qui de nombreux incidents en mer l’ont opposé, mais cela a conduit à des discussions sur la restauration des relations, et a permis l’approfondissement des relations économiques. Il est permis de penser que la Chine comme le Vietnam sont conscients que les récents incidents peuvent aboutir à une résolution de ce type. Ils ont néanmoins produit une situation inquiétante en ce qu’ils ont suscité une flambée de nationalisme au Vietnam, mais il n’est pas exclu que la Chine l’ait prévu.
La Chine fait-elle tellement confiance aux Forces d’autodéfense qu’elle leur cherche noise ?
Si on laisse les choses se faire dans les eaux limitrophes des Senkaku ou de l’archipel japonais, une situation dans laquelle les Forces d’autodéfense japonaise ou l’armée américaine aient à répliquer n’est pas exclue. Mais la vérité est que c’est précisément pour cela que la partie chinoise agit d’une manière qu’elle contrôle pour éviter que cela n’arrive.
Depuis la nationalisation des Senkaku par le Japon, on ne peut à première vue que penser que la Chine cherche noise au Japon. Cela s’applique aussi à l’épisode du radar de contrôle de tir en janvier 2013, lorsque la tension a été la plus forte, mais cet événement lui-même s’est produit dans le cadre de la « confiance » que l’APL place dans les FAD japonaises.
Il a eu lieu le 19 janvier. Un escorteur d’escadre de 6000 tonnes des Forces maritimes d’autodéfense (FMAD) et une frégate de 4000 tonnes de la marine chinoise s’observaient à 28 kilomètres de distance, à 120 kilomètres au nord des Senkaku, lorsque la frégate chinoise a verrouillé son radar de contrôle de tir sur un hélicoptère patrouilleur des Forces maritimes d’autodéfense qui l’observait.
L’escorteur des FMAD s’est immédiatement déplacé pour se placer à une distance de 3 kilomètres du bâtiment chinois afin de le surveiller. Si la Chine avait eu une forte intention de le provoquer, elle aurait pu utiliser à nouveau son radar de contrôle de tir, ou éventuellement tourner vers lui ses canons, ou même procéder à un tir d’intimidation. Mais la frégate chinoise s’est abstenue de tout mouvement pendant 11 jours, jusqu’à ce qu’elle utilise à nouveau une seule fois son radar de contrôle de tir vis-à-vis de l’escorteur japonais, le 30 janvier, avant de retrouver le silence. Certains analystes ont interprété ces actions comme des « dérapages » d’officiers, mais il est plus raisonnable de les considérer comme une simple utilisation « controlée » du radar.
Une armée placée sous le contrôle drastique du pouvoir central
Comme le souligne l’édition 2012 du « China Security Report » du National Institute for Defense Studies du ministère japonais de la Défense, l’Armée populaire de libération est placée, afin qu’elle ne puisse pas s’opposer au Parti communiste, sous le contrôle direct de la Commission militaire centrale (CMC) du PCC, une structure dirigée par des civils. Il y a dans chaque troupe militaire de taille supérieure à une compagnie ainsi que sur les navires de guerre un commissaire politique de même niveau que l’officier en charge du commandement. Ce dernier ne peut prendre de décision militaire sans avoir obtenu la signature du commissaire politique.
On peut supposer que dans l’incident du radar de contrôle de tir, sa première utilisation, celle sur l’hélicoptère des FMAD japonaises, s’est faite sur la base de règles d’engagement prédéfinies. Mais la manière dont a réagi l’escorteur japonais en se rapprochant beaucoup a sans doute surpris la frégate, qui, ne disposant pas du pouvoir de décider sur place, a attendu pendant onze jours l’autorisation de la CMC de l’utiliser à nouveau une seule fois.
En changeant légèrement d’optique, on peut dire que la partie chinoise a fait usage d’un simulacre de riposte parce qu’elle fait confiance aux FMAD.
Elles sont, avec la marine américaine, une des marine les plus sophistiquées au monde. Elles en ripostent pas à un seul usage d’un radar de contrôle de tir. Tout en adoptant une attitude dans laquelle elles peuvent riposter, et en effectuant des mesures d’évitement, elles disposent de capacités avancées pour appréhender globalement les circonstances. Les FMAD ne sont pas puériles au point de répliquer sans plus de façon à un simple usage du radar de contrôle de tir. Il est raisonnable de supposer que la marine chinoise le sait et a fait usage de son radar de contrôle de tir dans le but de montrer que la Chine ne prend pas le nationalisme à la légère, en sachant que les médias japonais feraient grand cas de cet incident et que les médias chinois en feraient aussi immédiatement leurs gros titres.
La Chine dispose ainsi d’un mécanisme pour éviter que les tensions n’atteignent pas un point de non-retour, et elle l’a fait fonctionner dans les eaux limitrophes du Japon.
La fermeté chinoise est utilisée stratégiquement et avec discernement. Le Japon doit aujourd’hui construire une politique étrangère vis-à-vis de la Chine qui contrôle cette agressivité chinoise en sachant interpréter ses signaux et ses intentions.
(D’après un original en japonais paru le 26 mai 2014)
Photo de titre : La confrontation en mer de Chine orientale entre un bateau vietnamien et un patrouilleur des gardes-côtes chinois dont le canon automatique est tourné vers le ciel. (Gouvernement du Vietnam / Jiji Press)