Les soucis de la Chine
La politique chinoise vis-à-vis de la Corée du Nord est aujourd’hui à un tournant décisif. Il est certain qu’elle hésite sur la conduite à adopter face à ce « chien enragé » : doit-elle le frapper à coups de bâtons, ou l’éviter ? En Chine, des voix s’élèvent pour souligner qu’il est à craindre que si elle laisse la Corée du Nord en faire à sa guise, la Corée du Sud, Taïwan et le Japon en feront un prétexte pour se doter de l’arme nucléaire. L’idée qu’il faut se montrer ferme avec la Corée du Nord gagne du terrain aussi parce que les États-Unis et le Japon commencent à concentrer des forces autour de la péninsule coréenne afin de faire le blocus de la Corée du Nord, ce qui a un impact négatif sur la sécurité et la défense chinoises.
Mais la réalité est les problèmes économiques chinois sont si graves qu’elle n’a pas les moyens de faire preuve d’une fermeté qui plongerait la Corée du Nord dans le chaos. Pour le moment, la Chine n’a d’autre choix que continuer à se montrer prudente.
Jusqu’à présent, elle s’est servi de la question du nucléaire et des missiles nord-coréens comme une carte pour négocier avec les États-Unis. Mais aujourd’hui, elle se fait mordre la main par ce « chien enragé ». La menace nucléaire et des missiles sur la Chine est devenue la carte que veut jouer la Corée du Nord pour négocier avec les États-Unis.
Quelle issue pour ce conflit entre la Chine et la Corée du Nord ?
Quelle évolution peut-on attendre de cette situation ? Si la Chine appliquait des sanctions économiques sérieuses, l’économie nord-coréenne s’écroulerait en six mois ou un an au plus. On peut s’attendre à ce qu’elle intensifie dans un premier temps ses actions menaçantes pour l’extérieur. Il est très possible que la Corée du Nord procède au lancement de plusieurs missiles et à un cinquième essai nucléaire, avant le congrès du Parti des travailleurs nord-coréen de mai prochain, ainsi qu’à un tir expérimental de missile mer-sol balistique stratégique. Le dernier tir était une simulation, et le prochain sera probablement lancé d’un sous-marin.
La Corée du Nord ne renoncera pas à l’arme nucléaire et acceptera tout au plus un compromis par lequel elle gèlera indéfiniment les essais nucléaires en échange d’une aide économique à moyen et long terme. Ce stratagème est probablement plus destiné à la Corée du Sud qu’à la Chine ou aux États-Unis.
Les actions de Kim Jong-un peuvent paraître irréfléchies, mais elles sont fondées sur ce qui est à ses yeux un jugement rationnel. Ce n’en est pas moins un coup de poker qu’il espère gagnant. Pour ma part, je pense qu’il a une chance sur deux. Mais il est certain que l’environnement actuel de la Corée du Nord est plus difficile que jamais aujourd’hui puisqu’elle a choisi d’inclure la Chine dans les cibles de son chantage nucléaire.
(D’après un texte original en japonais du 3 février 2016. Photo de titre : l’image de l’essai nord-coréen d’un missile mer-sol balistique stratégique qualifié de succès par Pyongyang. YouTube / Jiji Press)
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