Les pressions qui font obstacle au changement
Pourquoi le Japon est-il resté attaché à l’idéal de la division du travail fondée sur le sexe, plutôt que de s’orienter, comme d’autres pays, vers une diversification des agencements familiaux ? Les fortes pressions – dues aux institutions, aux conventions et aux valeurs – qui s’exercent sur les gens pour les inciter à se conformer au modèle traditionnel y ont certainement contribué. L’environnement au travail, par exemple, est conçu pour une main-d’œuvre composée d’employés de sexe masculin mariés à des femmes occupées à plein temps à la maison. La capacité à consacrer de longues heures à une activité professionnelle présuppose l’existence d’un conjoint qui prend en charge les tâches ménagères et la responsabilité d’élever les enfants. Les retraites, l’assurance-maladie et d’autres dispositifs de sécurité sociale sont eux aussi fondés sur le modèle familial traditionnel. Les familles qui n’entrent pas dans ce moule subissent un lourd préjudice.
Outre cela, les Japonais, qui accordent beaucoup de poids au regard que la société porte sur eux, craignent de passer pour des excentriques à cause de leurs arrangements familiaux. Les maris à la maison à plein temps, par exemple, éveillent encore de la suspicion, et faire appel à une aide extérieure pour les soins du ménage ou la garde des enfants reste mal vu. Peut-être la persistance des pressions exercées pour inciter les gens à se conformer aux notions conventionnelles de la famille n’est-elle pas étrangère à la décision, prise par la Cour suprême en décembre 2015, de maintenir la constitutionnalité de la clause du Code civil exigeant des couples mariés qu’ils utilisent le même nom de famille dans leurs démarches officielles.
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Satisfaire ses besoins affectifs en l’absence d’un partenaire
Dans le Japon d’aujourd’hui, les gens sont de moins en moins nombreux à se marier, mais aussi à sortir ensemble, si bien que les rangs des célibataires sans partenaire ne cessent de gonfler. Ceci étant, comment ces derniers satisfont-ils leurs aspirations à une relation amoureuse ? On peut dire que cette relation répond à trois grands types de besoins : besoins de communication, d’amour et de sexe. Aujourd’hui, la satisfaction de ces besoins passe de plus en plus par les « familles virtuelles ».
Les besoins en matière de communication peuvent trouver leur satisfaction dans un bon rapport avec les parents, ou encore à travers des liens de camaraderie avec des amis du même sexe. L’explosion des médias sociaux permet aux gens de rester en contact, même s’ils n’ont pas la possibilité de se rencontrer personnellement. Il arrive aussi que des animaux de compagnie soient traités comme des membres de la famille, et ce lien contribue à satisfaire les besoins affectifs des célibataires japonais.
Quant au besoin d’amour, il semble que la réponse que beaucoup d’adolescents ont trouvée pour y répondre consiste à s’enticher d’idoles et de célébrités, ou encore de personnages de jeux de rôles ou de mangas. Les hommes ont en outre accès à un vaste éventail de services offrant des expériences pseudo romantiques, tels que les bars à hôtesses kyabakura, les « maid cafés », les night-clubs et l’industrie des JK (joshi kôsei), qui permet, entre autres, à des clients de se promener avec des lycéennes. C’est ainsi que des hommes sont en mesure d’acheter la sensation de vivre temporairement une relation romantique.
Pour ce qui est des besoins sexuels, notamment masculins, la grande diffusion des équipements Internet et audiovisuels permet maintenant d’accéder facilement à des contenus pornographiques. Beaucoup d’hommes ont aussi recours aux services proposés par l’industrie du sexe.
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