Communiquer par-delà les étiquettes

Il m’arrive d’avoir à expliquer à des Japonais le thème de mes recherches, à savoir l’habitat au Mali. Par exemple, au Mali, la cour intérieure devient cuisine lorsqu’on y prépare les repas, mais elle se fait salle à manger quand la famille s’y réunit pour manger. Aujourd’hui, l’habitat collectif, où plusieurs familles se partagent une maison, est courant ; la cour intérieure fait alors partie des espaces communs. Voici ce que l’on me répond bien souvent : « On dirait le Japon d’il y a quelques dizaines d’années, ça me rappelle le quotidien à l’ère Shôwa. Aujourd’hui que le Japon s’est développé et que la vie est devenue tellement pratique, le quotidien des Maliens me remplit de nostalgie. »

Le professeur Sacko sur le terrain avec ses élèves, à Kyoto.

Quand les Japonais s’intéressent à l’Afrique, il me semble que c’est souvent non pas pour étudier sa situation et les problèmes actuels, mais seulement pour en souligner la différence. Le symposium déjà évoqué avait pour titre « Ça, c’est bizarre ! Les relations nippo-africaines » – un titre inspiré d’une célèbre émission télévisée de l’époque dans laquelle les étrangers invités soulignaient les bizarreries qu’ils relevaient au Japon, pour en faire prendre conscience aux Japonais.

De la même façon, au sujet de l’Afrique, je souhaite qu’on ne se concentre pas uniquement sur le retard du continent. On me demande souvent de présenter mon pays natal ; dans la plupart des cas, mon interlocuteur espère que je vais parler des bizarreries du Mali, ou des points sur lesquels il est en retard par rapport au Japon. Quand j’explique qu’au Mali, il existe plusieurs cultures (23 ethnies peuplent le pays) et qu’à la fin de mon exposé, le maître de cérémonie conclut en disant : « Nous avons bien compris ce qu’était l’Afrique », cela me laisse pantois. Et imaginez ma déception lorsqu’il me demande ensuite : « Que mange-t-on en Afrique ? » ou « Comment dort-on en Afrique ? » Rien de ce que j’ai expliqué n’a vraiment atteint son but…

Les Japonais ont tendance à classer les gens et les faits dans des catégories préétablies. À l’heure où la mondialisation progresse, ces catégories n’ont souvent plus aucun sens. L’important est, par-delà ces étiquettes, d’établir un lien d’égal à égal pour vraiment communiquer ; voilà ce que l’on peut espérer du Japon à l’avenir.

(Publié à l’origine en japonais. Photo de titre avec l’aimable autorisation de l’Université Kyoto Seika)