Le ramasseur de cendres, de papiers, et le collecteur de cire
Les cendres, le papier et la cire étaient également récupérés.
À l’époque d’Edo, chaque foyer avait son fourneau (kamado) qui marchait au bois et à la paille et qui produisait naturellement une grande quantité de cendres.
La cendre est un engrais de choix qui fertilise les sols, c’est aussi un ingrédient qui entre dans la composition de teintures ou la fabrication du saké. Il existait donc des hai-kai, des « acheteurs de cendres », dont le travail ardu consistait à collecter ces cendres, si lourdes et qui se glissaient partout, jusque dans leurs cheveux.
Le papier était également un bien précieux, la demande était forte et certains colporteurs, les kamikuzu-kai, se spécialisaient dans ce ramassage. Les maisons de négociants étaient les plus demandeuses puisqu’elles manipulaient et consommaient force registres et autres livres de compte.
Les grossistes faisaient ramasser les morceaux de papier, les rachetaient puis demandaient aux papetiers de les recycler. Ces papiers de moindre qualité servaient de mouchoirs ou étaient transformés en papier hygiénique. À cette époque, rares étaient les pays qui comme le Japon recyclaient autant le papier.
Ce papier recyclé était appelé kankon-shi, ce qui signifie « papier ressuscité ».
Un autre exemple intéressant est celui du collecteur de bout de chandelles. On trouvait des bougies dans les lanternes en papier (chôchin ou andon), mais cet article de luxe n’était utilisé que par les samouraïs de haut rang, les marchands ou dans les maisons closes. La cire fondue était rachetée puis réutilisée et comme elle pouvait par sa forme ressembler à des larmes, on l’appelait rôrui « larme de cire ».
« Larmes de cire » (une si belle métaphore) et « papiers ressuscités » participaient tous deux d’un mouvement anti-gaspillage bien ancré dans le Japon de l’époque.
Les collecteurs de cire fondue n’avaient pas de « costume particulier » précise le « Manuscrit Morisada ». Comme ils n’avaient pas de silhouette ni d’outillage distinctif, Kitagawa Morisada ne les a pas dessinés dans son ouvrage mais on en trouve une représentation dans le Hyakkoi kumitate seisuiki de Santô Kyôden, un auteur très en vogue à Edo.
Voici la représentation d’un homme qui par son humble travail a permis qu’à Edo, la lumière soit. Ceux qui assurent le bon fonctionnement de nos sociétés ont peut-être toujours été comme lui, bien modestes d’apparence.
(Photo de titre : « Friperie sur échasses ». Les vêtements entiers sont à droite, à gauche pendent les cols et autres doublures. Les fripiers modernes mettent l’accent sur la mode, quand jadis l’important était la solidité, la durabilité et la fonctionnalité. (Extrait du « Manuscrit Morisada », Bibliothèque nationale de la Diète.)


