À Edo, la qualité de l’eau faisait l’objet d’un contrôle strict
Comme les puits étaient un bien public dans la cité, les habitants en assuraient tous ensemble l’entretien. Au 7e jour du 7e mois sacré, « jour du nettoyage du puits », tous venaient s’en occuper : l’eau était pompée, les feuilles et autres débris retirés puis les parois nettoyées.
Mais ce nettoyage n’était pas sans danger. Il y avait donc des artisans spécialisés chargés de superviser cette tâche. Sous leur houlette, tous les habitants d’Edo faisaient cet entretien, le même jour, chacun dans son quartier. Homme, femme, jeunes, anciens, tous devaient participer. De nos jours il suffit d’ouvrir le robinet pour avoir de l’eau pure, jadis, tous devaient coopérer pour faire en que les puits restent propres.
Comme nous le mentionnions plus haut, Edo était parcourue de canalisations. mais combien y en avait-il au juste? Le Jôsuiki (Registre shogunal traitant de l’alimentation en eau promulgué en 1791), décrit par le menu le réseau hydraulique souterrain de la cité.
L’illustration ci-dessous représente la zone du pont Ryûkan (près de l’actuel échangeur de Kanda-bashi sur la voie rapide de Tokyo).
Les douves du château d’Edo sont en bleu clair et la partie grisée au milieu de la route, le long des douves, marque l’emplacement d’une canalisation souterraine. Comme il s’agit d’un embranchement à une canalisation principale, le conduit était en pierre. Ces ouvrages hydrauliques semi-permanents étaient appelés man’nen sekihi, c’est-à-dire littéralement « conduites en pierre pouvant résister mille ans ».
Ce réseau d’approvisionnement en eau était principalement constitué de deux systèmes de canalisations. Le premier allait de Yotsuya au château d’Edo en passant par Kôji-machi quand le deuxième courait de Yotsuya au centre ville d’Edo en passant par Toranomon.
L’aqueduc (kakehi) d’Ochanomizu situé aux alentours de Kanda, est l’un des sites que Hiroshige a choisi de représenter dans ses « Sites célèbres de la capitale » (estampes de type ukiyo-e).
L’aqueduc qui enjambe le cours d’eau est à l’origine du toponyme de Suidôbashi signifiant littéralement « pont-canalisation ». Il a également donné son nom à la gare éponyme donnant sur le Tokyo Dome.
Là, se tenait en faction un « gardien de l’eau » qui avait pour rôle de contrôler la qualité de l’eau.
Ce dernier ramassait les détritus passant au fil de l’eau et surveillait que rien d’illégal ne soit jeté en dressant notamment des écriteaux « Interdiction de jeter des déchets » afin que l’eau reste la plus pure possible. De nos jours, on dirait de lui qu’il est un agent municipal responsable de l’entretien des réseaux d’eau potable et de l’assainissement.
L’eau qui passait par cet aqueduc alimentait les quartiers de Kanda, Nihonbashi et autres poumons économiques d’Edo. Garantir la qualité de l’eau était une nécessité absolue.
Les Japonais ont très tôt bénéficié d’un réseau hydraulique de qualité et ils ont pris l’habitude de prendre grand soin de cette ressource vitale.
(Photo de titre : illustration du « Manuscrit Morisada » [Morisada Mankô]. Collections de la Bibliothèque nationale de la Diète)

