Slow life, une vie nonchalante et gratuite

« Vie nonchalante dans un autre monde (Si seulement !) » (Isekai de slow life wo (ganbô)) de Shige.
« Vie nonchalante dans un autre monde (Si seulement !) » (Isekai de slow life wo (ganbô)) de Shige.

Alors que ces histoires isekai de style cheat sont produites en masse, d’autres formes de narration plus ciblées répondent à des désirs différents. Le sous-genre de la slow life, ou « vie nonchalante », en est un exemple.

Ces dernières années ont vu l’apparition d’un autre genre de récit. Au lieu de se mettre dans la peau d’un héros ou d’un sage venant à bout d’une créature maléfique, le personnage principal réalise son rêve et s’installe dans une contrée lointaine où il devient propriétaire d’une ferme, ou tout simplement se détend dans un village paisible. Bien sûr, comme il s’agit d’histoires isekai, les personnages ne rencontrent aucune difficulté et sont, cela va sans dire, dotées de super pouvoirs qui leur permettent de défendre leur village en cas d’attaques par des monstres ou des bandits.

Dans le monde réel, beaucoup aimeraient avoir une vie dénuée d’obstacles ou semi-retirée du monde. Mais dans un cas comme dans l’autre, il faut un certain capital initial. Et bien sûr, le travail de la terre est loin d’être simple. Vivre dans un village éloigné de tout n’est pas très pratique et les zones rurales peuvent être plutôt réticentes à l’arrivée de nouveaux habitants. Dans l’univers de la slow life, pas de problème, il y aura toujours un tour de passe-passe pour aider le héros à s’en sortir.

Parmi les histoires isekai de type slow life, également, citons-en trois à succès : « Vie nonchalante dans un autre monde (Si seulement !) » (Isekai de slow life wo (ganbô)), de Shige, « Achetons un terrain dans un autre montre pour exploiter une ferme » (Isekai de tochi wo katte nôjô wo tsukurô) d’Okazawa Rokujûyon, ou encore « La vie idéale d’un gigolo » (Risô no himoseikatsu) de Watanabe Tsunehiko.

La destinée des personnages féminins

Dans les light novel décrits plus haut, les personnages principaux sont des hommes. Parlons donc aussi de ceux qui mettent en scène des femmes. Un récit typique les réincarnent dans l’univers des jeux de romance (des simulations appelées otome), et le plus souvent, ce ne sont pas des héroïnes, mais plutôt leur antagoniste : elles jouent le rôle de méchant.

Citons deux exemples représentatifs de ce type d’histoire : « Ma future vie en tant que méchante : tous les chemins mènent à sa perte ! » (Otome game no hametsu flag shikanai akuyaku reijô ni tensei shite shimatta) de Yamaguchi Satoru, et « Les prouesses de la fille du duc » (Kôshaku reijô no tashinami) de Reia.

« Les prouesses de la fille du duc » (Kôshaku reijô no tashinami) de Reia.
« Les prouesses de la fille du duc » (Kôshaku reijô no tashinami) de Reia.

Dans le cas de ces protagonistes réincarnés en « méchants », si l’histoire suit son cours de façon naturelle, ils sont condamnés à un dénouement malheureux : l’annulation de leurs fiançailles avec un prince ou bien devenir le témoin de la chute de leur famille de nobles. Comment échapper à cette destinée ? C’est là tout le cœur de l’histoire.

Concernant un personnage masculin, il a souvent la capacité à devenir invincible et n’a alors aucun mal à vaincre ses ennemis.

En revanche, lorsqu’il s’agit d’une femme, ce sont l’utilisation de l’intelligence et un travail acharné qui priment, des éléments nécessaires pour échapper à sa fatalité et atteindre le bonheur... Dans une certaine mesure néanmoins, car le plus souvent, elle connaît une fin malheureuse. Typiquement, elle retourne dans son enfance et se remémore ses souvenirs du monde réel. À ce moment-là, la surprise est de taille : elle se rend compte qu’elle se trouve dans le monde du jeu de romance (otome) auquel elle adorait jouer. Elle regrette alors sa vie passée de princesse égocentrique et décide de se prendre en main. Elle se plonge dans les études, rassemble un groupe de gens talentueux autour d’elle et commence à cultiver ses terres et à réformer la façon dont elle dirige son domaine. Ses efforts sont récompensés : le personnage s’attire les faveurs des hommes comme des femmes et en vient à reconsidérer le prince avec lequel elle devait se fiancer.

Les désirs de la société se retrouvent dans l’isekai

Si je devais établir un parallèle avec la société japonaise, je pense que ces différents retournements reflètent le désir d’indépendance des femmes. Les personnages utilisent de réelles compétences en économie et en gestion pour redynamiser leurs domaines. Concrètement, ces femmes commencent une carrière qui leur permettra de vivre une vie stable et adulte. Pour échapper à leur destin de « méchantes », le besoin d’obtenir un certain degré de popularité est primordial, si bien qu’elles ont tendance à nourrir une personnalité qui plaît à tous. Ces dernières années, des mots tels que dôsei mote (popularité auprès des deux sexes) et onna mote (popularité auprès du de la gente féminine) ont fait leur apparition dans les magazines féminins, des idées somme toute plutôt dans l’air du temps.

Ainsi, les histoires isekai ouvrent la porte à des expériences extrêmement variées : pouvoir crier haut et fort en se frappant la poitrine avec ses poings Ore tsueee (« C’est moi le plus fort » en argot de joueur de jeu vidéo japonais), préférer le calme de la campagne, ou, de façon plus personnelle, prendre plaisir à mépriser ceux qui ont cherché à vous trahir.

Si à première vue, les histoires et les mises en scène peuvent sembler risibles, elles sont le produit de désirs bien réels dans la société et peuvent même nous aider à nous évader de notre quotidien oppresseur. Les histoires de réincarnation isekai répondent à un désir de renaissance dans un autre monde, de devenir quelqu’un de spécial, même si ce n’est ce que pour quelques instants. N’est-ce pas là le secret du succès du light novel de type isekai ?

(Photo de titre : Pixta)