L’impact sur les coquilles Saint-Jacques

La glace flottante est l’une des attractions touristiques de Hokkaidô en hiver, mais son impact va bien au-delà du tourisme.

Cette glace est riche en fer qui provient de lu fleuve Amour. Quand elle fond au printemps, le fer se mélange aux eaux de l’océan et augmente considérablement sa teneur en phytoplanctons, une ressource vitale qui soutient tout l’écosystème marin Entre autres, le phytoplancton est un aliment essentiel pour les coquilles Saint-Jacques célèbres de Hokkaidô. Et dire que celles-ci sont menacées si la glace flottante autour de Hokkaidô diminue est loin d’être exagéré...

Des coquilles Saint-Jacques de Hokkaidô. Photo prise sur le plancher océanique de la mer d’Okhotsk, au large de Hokkaidô, en octobre 2023.
Des coquilles Saint-Jacques de Hokkaidô. Photo prise sur le plancher océanique de la mer d’Okhotsk, au large de Hokkaidô, en octobre 2023.

Le réchauffement des océans provoque bien plus qu’un changement de distribution de la faune marine. Il atteint tout l’écosystème et a un effet nettement plus complexe sur les produits de la mer.

Le réchauffement des eaux autour du Japon est deux fois plus important que la moyenne mondiale

La température de l’eau des océans entourant le Japon a augmenté de 1,33 degré en un siècle, ce qui est deux fois plus que la moyenne globale. Il est probable que la proximité du Japon à la masse continentale en est responsable, comme les températures terrestres augment plus rapidement que celles des océans. On remarque également l’effet des changements dans les courants tels le Kuroshio qui ramène des eaux chaudes vers le nord. La montée de la température des océans provoquée par le réchauffement climatique s’est traduite aussi par une plus grande fréquence de périodes d’élévation de température sur une durée de cinq jours ou plus, phénomène rare dans le passé.

Augmentation de la température de la surface des mers autour du Japon en 100 ans

Une augmentation de même un seul degré dans la température moyenne de l’eau a de profondes répercussions sur la faune marine, et on signale de nouvelles répartitions des espèces à travers le Japon.

La pêche du poisson-sabre, très apprécié dans la gastronomie japonaise, a diminué à l’ouest du Japon, mais elle est 25 fois plus importante dans les préfectures septentrionales d’Iwate, Miyagi et Fukushima qu’il y a une dizaine d’années. Ce même phénomène se reproduit un peu partout au Japon.

Des langoustes ont été observées bien au nord, dans les eaux au large de la préfecture d’Iwate. Photo prise au large de la péninsule d’Izu en juillet 2024.
Des langoustes ont été observées bien au nord, dans les eaux au large de la préfecture d’Iwate. Photo prise au large de la péninsule d’Izu en juillet 2024.

Les changements dans la vie marine

  • Konbu : récolte en baisse de deux-tiers depuis 30 ans dans le Hokkaidô, sa base principale.
  • Saumon : prises en baisse dans le Hokkaidô et la région du Sanriku, mais en hausse en Russie et en Alaska.
  • Balaou du Pacifique : la hausse de la température des eaux côtières est une des raisons de la baisse des prises.
  • Buri (Sériole) : abondants dans le passé à Nagasaki, Shimane et Fukui, mais se trouvent depuis quelques années plus au nord, dans le Tôhoku et le Hokkaidô.
  • Fugu (Poisson-globe) : grosses prises à Fukushima et dans le Hokkaidô, et une augmentation de croisements.
  • Algues nori : la hausse de la température des eaux a réduit la saison de culture, et les récoltes ont diminué.
  • Corail : augmentation du blanchissement des coraux à Okinawa et ailleurs
  • Langouste : la limite nord s’est décalée des eaux au large d’Ibaraki jusqu’au Sanriku
  • Sawara (Thazard oriental) : augmentation de prises dans la partie nord de la Mer du Japon
  • Poisson-sabre : diminution des prises à l’ouest du Japon mais augmentation rapide dans le Tôhoku.

Surveillance de l’évolution sous la surface des eaux

L’impact du réchauffement climatique sous la surface des océans reste invisible pour la plupart des gens. On remarque bien moins les anomalies que sur terre.

Bien qu’à l’heure actuelle, les transformations sont de petite taille, leur évolution et accumulation finiront par avoir des conséquences sur notre alimentation à l’avenir. Les mesures d’économies d’énergie et l’adoption d’énergies renouvelables pour réduire le réchauffement climatique réduiront les dégâts provoqués par des vagues de chaleur et des pluies diluviennes, mais serviront aussi à protéger l’avenir des produits de la mer que les Japonais apprécient tant depuis bien longtemps.

(Photo de titre : un amas de konbu sous l’eau au large de Rausu, Hokkaidô, en mai 2024. Toutes les photos : © Yamamoto Tomoyuki)