L’impact du discours de Roosevelt
Alors, pourquoi aucun Premier ministre japonais ne fut-il jamais invité à prononcer un discours devant les deux chambres réunies du Congrès américain ? On évoque aussi l’influence du discours historique du Président Roosevelt devant ce Congrès réuni, le 8 décembre 1941. Au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le President condamna fortement l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, à la suite de quoi le Congrès déclara formellement l’état de guerre entre les États-Unis et le Japon.
Les résonnances de ce discours auraient conduit le gouvernement japonais à une sorte de retenue psychologique par rapport à l’opportunité d’un discours devant le Congrès en session conjointe, comme si « la marche était plus haute » que pour un simple discours à l’invitation du Sénat ou de la Chambre des représentants seuls. Certains disent que le gouvernement japonais aurait des scrupules à suggérer un discours de son Premier ministre, malgré la connaissance d’un actif diplomatique de la Corée du Sud, par exemple.
Koizumi a renoncé à un discours
Une autre raison serait liée à un problème de « conscience historique » de l’après-guerre des Premiers ministres japonais du passé. En juin 2006, le Premier ministre Koizumi Junichirô a été invité par le gouvernement des États-Unis pour une visite d’État. Sa réponse en termes de soutien et de coopération à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 avait été ferme et rapide. À cette occasion, le gouvernement japonais a envisagé la tenue d’un discours de Koizumi devant le Congrès américain, à ce moment que beaucoup considéraient comme propice dans les relations nippo-américaines.
Or, Koizumi avait, par cinq fois (au total six fois au cours de son mandat entre 2001 et 2006), effectué des visites au sanctuaire Yasukuni, où sont honorées les âmes de plusieurs criminels de guerre de classe A. Il s’est trouvé au sein du Congrès américain des sénateurs et des représentants qui ont critiqué ces visites, insistant qu’un discours devant le Congrès en session conjointe requerrait la condition de ne pas se rendre au sanctuaire Yasukuni. Le sénateur Henry Hyde, président de la commission des Affaires étrangères du Congrès adressa un message écrit au président du Sénat ce qui eut pour effet d’empêcher la concrétisation du projet de discours au Congrès lors de la visite d’État, et à la place Koizumi se contenta de visiter la maison natale d’Elvis Presley.
Abe en passe de prononcer un discours historique
Sept ans après la visite de Koizumi au sanctuaire Yasukuni, le Premier ministre Abe a lui aussi effectué une visite au sanctuaire Yasukuni en décembre 2013. Concernant la prochaine visite du chef du gouvernement japonais aux États-Unis, des groupes de ressortissants coréens et chinois ont lancé des campagnes de pétition contre la tenue d’un discours au Congrès, en raison de la « conscience historique » du Premier ministre japonais sur la question des femmes de réconfort et du sanctuaire Yasukuni. Malgré cela, les deux chambres du Congrès ont décidé d’inviter Abe Shinzô à une session conjointe. À ce propos, le président du Sénat, John Boehner (Parti républicain) a déclaré « être fier d’accueillir cet événement historique ».
70 ans après la fin de la guerre, le discours du Premier ministre Abe, pour la première fois devant le Congrès des États-Unis en session conjointe, sera suivi par le monde entier comme un événement de portée historique, pour le renforcement des relations nippo-américaines dans la première moitié du XXIe siècle, et pour la paix et la stabilité en Asie.
(Adapté d'un original japonais écrit le 7 avril 2015. Photo de titre : le discours de M. Ashraf Ghani, Président de l’Afghanistan devant le session conjointe des deux chambres du Congrès des États-Unis, 25 mars 2015. Reuters/Aflo)