Un fourre-tout idéologique
La plateforme du parti unifié publiée par les dirigeants du PDJ et du PJI avant la fusion laisse à penser que le nouveau parti de l’opposition va mettre au premier plan la politique de défense et les questions liées à la Constitution, dans l’espoir de tirer parti de la rancœur que les lois sur la sécurité passées en force à la Diète l’an dernier ont laissé dans la population. (Ces textes, soutenus par le Premier ministre Abe Shinzô, ont suscité l’opposition d’une grande partie de la population.) Les signataires de la plateforme s’engagent à « défendre résolument la cause de la Constitution, qui est le fondement de la liberté et de la démocratie » et à maintenir une « posture militaire exclusivement défensive », tout en s’en tenant à une attitude « réaliste » dans leur politique étrangère.
Sur le front intérieur, la plateforme s’évertue à concilier les fondamentaux des lignes politiques des deux partis. Elle reprend à son compte la volonté affichée par le PDJ d’améliorer les conditions de vie des classes moyennes et des familles pauvres et de créer « une société où règne la diversité et où personne n’est marginalisé ». Elle se fait l’écho de l’attachement du PJI « à la réforme de l’administration, à la réforme politique et à la décentralisation du pouvoir politique. »
En ce qui concerne la politique énergétique, la plateforme se donne pour objectif de mettre fin à la dépendance au nucléaire. Quant à sa politique économique, c’est à l’évidence un fourre-tout où l’on retrouve pêle-mêle la déréglementation et le moins de gouvernement prônés par le PJI, aux côtés de l’engagement du PDJ à réduire les inégalités de revenus.
Malgré l’attachement affiché au respect de la Constitution et au maintien d’une attitude strictement défensive, la plateforme s’engage à « élaborer un projet de Constitution orientée vers l’avenir et adaptée à des tendances telles que l’expansion des droits de l’homme et la réforme de la souveraineté régionale ».
La force des groupes politiques à la Diète nationale
| Chambre des représentants | sièges | Chambre des conseillers | sièges |
|---|---|---|---|
| Parti libéral-démocrate | 290 | Parti libéral-démocrate | 116 |
| Kômeitô | 35 | Komeitô | 20 |
| Parti démocrate (Minshintô) | 96 | Parti démocrate (Minshintô), Indépendants | 64 |
| Parti communiste japonais | 21 | Parti communiste japonais | 11 |
| Initiatives d’Osaka | 14 | Initiatives d’Osaka | 7 |
| Parti de la vie du peuple, Tarô Yamamoto et compagnie | 2 | Assemblée pour dynamiser le Japon et les Indépendants | 4 |
| Parti social démocrate | 2 | Parti pour le kokoro japonais | 4 |
| Indépendants | 13 | Parti social démocrate | 3 |
| Parti de la vie du peuple, Tarô Yamamoto et compagnie | 3 | ||
| Club des indépendants | 2 | ||
| Nouveau Parti de la réforme et Groupe des indépendants | 2 | ||
| Indépendants | 6 | ||
| Sièges vacants | 2 | Sièges vacants | 0 |
| Total | 475 | Total | 242 |
Données à la date du 27 mars 2016
Que recouvre un nom ?
Mais il s’est avéré que la plus grosse pierre d’achoppement à la fusion résidait dans le choix du nom à donner au nouveau parti. La préférence de la direction du PDJ allait à Rikken Minshutô (Parti démocratique constitutionnel) et celle du PJI à Minshintô, qui associe le min [民] de minshu [民主] (démocrate) à shin [進], qui signifie progrès (et rappelle le shin [新] de Ishin no tô [維新の党]). Dans un sondage d’opinion mené par les deux partis, la majorité des personnes interrogées se sont prononcées en faveur de Minshintô, et le PDJ a été obligé de céder. Mais il s’est arrangé pour avoir le dernier mot dans l’appellation retenue en anglais – Parti démocrate.
À la veille de la fusion, le PJI comptait 21 membres à la Chambre basse, dont près de la moitié avait préalablement appartenu au PDJ. Les espoirs suscités par la « troisième force » de M. Hashimoto étant en lambeaux, le rafistolage des différences et le retour au navire-mère sont peut-être apparus comme la seule option envisageable.
Vue sous ce jour, les électeurs risquent d’interpréter la fusion comme un expédient visant à redorer le blason d’un PDJ tombé dans la disgrâce plutôt que comme un pas appréciable vers une reconfiguration et la création d’une alternative politique conséquente. Il reste à savoir si l’attribution d’un nouveau nom et l’adhésion d’une poignée de nouveaux politiciens suffiront à surmonter les problèmes d’image auxquels le PDJ se trouve confronté.
(Photo de titre : Okada Katsuya et d’autres membres du Minshintô lors du lancement du nouveau parti à Tokyo le 27 mars 2016. Jiji Press)▼A lire aussi
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