Le photographe américain Bruce Osborn a publié un livre de portraits « Oyako » de parents et d’enfants japonais — le travail de toute une vie, commencé il y a environ 40 ans.
En 1982, une revue a confié à Bruce Osborn une commande de portraits photographiques de rockers punks japonais. À l’époque, le photographe et metteur en scène installé à Tokyo travaillait sur de nombreux projets, mais pour celui-ci, il eut l’idée originale de photographier les musiciens vêtus de cuir en compagnie de leur parents en habits conventionnels. Ainsi s’amorça un projet qui allait devenir l’œuvre de sa vie.
Au bout de 40 ans et 7 500 portraits, le projet d’Osborn, baptisé « Oyako » (mot japonais qui veut dire « parents et enfants ») n’a rien perdu de sa vitalité.
En octobre 2018, Osborn a publié un livre intitulé Oyako : An Ode to Parents and Children (Oyako : une ode aux parents et aux enfants), où figurent 88 portraits sélectionnés parmi ses favoris. On y trouve des photos de moines bouddhistes et de mères de famille, d’enseignants de la cérémonie du thé et d’avocats, de lutteurs de sumo et d’employés de bureau. Un grand nombre de ses sujets sont des citoyens anonymes, mais quelques uns sont en vérité des personnages très célèbres.
Sur la photo ci-dessus, l’acteur de kabuki Ichikawa Danjûro XII apparaît en compagnie de son fils Shinnosuke. (L’aîné des Ichikawa est décédé en 2013 et son fils porte désormais le nom Ichikawa Danjûro XIII.) Un autre portrait représente la légende de la danse butô Ôno Kazuo aux côtés de son fils Yoshito. Il y a même un portrait de deux personnes déguisées l’une en Hello Kitty et l’autre en Mary White, la mère du chat superstar.
Pour toutes ses photos, Osborn a opté pour le noir et blanc sur fond de couleur blanche. Il voulait, dit-il, « focaliser l’attention sur les parents, les enfants et leur relation. » « Prendre les photos dans un studio vide a en outre l’avantage de leur fournir l’opportunité d’une expérience nouvelle et différente », ajoute-t-il. « Même s’ils ne se ressemblent pas toujours physiquement, on peut observer des similitudes – de petites choses, comme le rire ou une attitude embarrassée. »
Une jam-session
Parmi les sujets photographiés par Osborn, certains posent de façon formelle, comme pour un portrait de famille réalisé au studio photographique du quartier, mais d’autres ont été capturés au beau milieu d’une gestuelle exubérante.
« Je n’aime pas être trop directif et je veux que leurs poses soient spontanées », dit le photographe. « Comme pour les musiciens en jam-session, il y a un rythme lorsqu’on prend des photos ; la musique joue, les stroboscopes lancent des éclairs et leurs mouvements entrent en synchronisme avec le rythme de la musique et celui de l’obturateur de mon appareil. On entre tous ensemble dans le rythme.
« On prend plaisir à faire les photos ensemble et leurs gestes deviennent plus spontanés. S’ils sourient ou s’ils rient, cela ne se limite pas à une expression faciale ; cela se voit aussi dans leurs yeux et se ressent dans tout leur corps. »
Il y a un portrait où le photographe Yokoyama Taisuke est penché au-dessus de la tête de Tai, son fils lycéen. Il y en a un autre où le graphiste et décorateur Yamada Noboru effectue un pas de danse tandis que sa fille Shinobu, elle aussi lycéenne, est pliée en deux de rire.
Prises tout au long de près d’une quarantaine d’années, les photos reflètent un Japon en perpétuel changement, tour à tour ordinaire et extraordinaire, traditionnel et moderne. Sur un portrait, on voit l’ancien chef du plus grand gang de motards japonais (bôsôzoku), Iwahashi Ken’ichirô, avec son crâne chauve et son cou de taureau, en compagnie de son père Tatsurô. Mais peut-être le portrait le plus frappant est-il celui de Suenaga Yôzô, tenancier d’une boutique d’animaux de compagnie, vêtu d’un costume fripé, à côté de sa fille complètement nue, Momonoki Mai, actrice de films pour adultes.
Dès les premières pages du livre, on trouve quatre portraits, pris à des intervalles de dix ans, de Nakano Shigeru, l’un des premiers rockers punk, présent depuis la naissance du projet, et de sa mère Yae. Les modes punks changent, mais l’amour entre la mère et le fils est tout aussi visible en 2012 qu’en 1982.








