La politique familiale sud-coréenne à caractère « explicite »

Face à cette évolution familiale drastique, la Corée du Sud a mis en place diverses mesures. On peut dire que la Corée du Sud, en rassemblant l’ensemble des différentes formes familiales de la société réelle, a institué une politique familiale à caractère explicite et globalisante. Voyons quels sont les trois points principaux qui caractérisent cette politique.

1. Une reconnaissance des divers types de familles

Dans le domaine de la politique familiale, toutes mesures d’aide sociale s’établissent en fonction de la conception de la famille de la société en question, l’unité à considérer aussi bien que l’extension admise. Or, la conception de la famille dans une société donnée est une question culturelle avant d’être une question politique. De ce fait, toute réforme de la politique familiale remet en question les présupposés culturels concernant la famille.

En Corée du Sud, depuis la « loi fondamentale sur la famille en bonne santé » instituée par le gouvernement Roh Moo-hyun en 2004, gouvernement central et gouvernements locaux poursuivent l’élaboration de la politique familiale. Au cours de ce processus, un débat national très animé sur des sujets comme « qu’est-ce que la famille », « quelle est notre image de la famille idéale », « quel type de famille faut-il aider et quelle aide lui apporter » est apparu. Le débat sur la conception de la famille est devenu sujet de réflexion politique. En conséquence de quoi, des formes concrètes d’aide aux différents types de familles ont pu être mises en place : familles avec enfant adopté, familles déplacées par le mariage, familles monoparentales, familles de personnes âgées.

2. Une politique familiale graduée en fonction de la réalité sociale

Il est également remarquable que la question de la position des familles dans l’échelle sociale ait été intégrée dans la prise en compte des besoins de garde d’enfants.

Par exemple, dans le « Premier Plan de base pour la famille en bonne santé », l’objectif chiffré était de ramener le taux de pauvreté des familles monoparentales, de 36 % en 2005, à 32% en 2010. Cette prise en compte des disparités et de la hiérarchie sociale dans un objectif de diminution de la pauvreté est absente de la politique familiale japonaise. (Tableau 2)

Tableau 2 : Des objectifs chiffrés dans le Premier Plan de base pour la famille en bonnne santé  (extrait)

domaine indices principaux 2005 2010
Extension de l’aide à la famille Part des dépenses publiques liées à la famille par rapport au PIB 0,1% 0,2%
Niveau de satisfaction subjective de la vie 47%(1) 60%
Taux de familles monoparentales vivant sous le seuil de pauvreté 36% 32%
Nombre d’enfants de familles monoparentales bénéficiant d’une pension alimentaire 230 000 460 000
Nombre d’utilisateurs des centres de soins et de soutien aux familles 100 000 600 000
Nombre de Centres familiaux de support aux immigrants par mariage 51(2) 200

(1) Données de 2002
(2) Données de 2003
Source : Ministère de l'Egalité des Sexes et de la Famille

3. Une stratégie ciblée aux enfants de familles à faibles revenus

Mérite également d’être considéré comme un trait caractéristique de la politique familiale sud-coréenne l’élaboration d’un objectif explicite de « soutien aux enfants des familles à faibles revenus ». Dans la société sud-coréenne, la différence entre les enfants qui reçoivent une éducation précoce et un apprentissage avant la scolarisation et ceux qui n’ont pas de telles opportunités est considérée comme étant un problème social majeur, qualifiée « d’inégalité de départ », « d’écart entre les enfants ». C’est ainsi que l’engagement « WE Start » (WE=Welfare et Education) a été lancé en mai 2004.

Le programme « WE Start » offre diverses modalités d’aide en direction des enfants de moins de 12 ans des familles à faibles revenus, en coopération avec les villes, centres sociaux, crèches, écoles maternelles et élémentaires, centres de soins, hôpitaux, pharmacies, entreprises, etc. À travers ce soutien aux enfants, un soutien global à leurs familles, à commencer par leur père ou leur mère, est également dispensé en cas de besoin. Des activités extra-scolaires sont également mises en place au niveau national. Les entreprises privées, sociétés civiles, organismes de sécurité sociale, organismes religieux ou individus de divers secteurs sont globalement engagés dans ce programme.

Le contexte de l’élaboration de la politique familiale « explicite »

Trois éléments peuvent être mis en avant pour expliquer le contexte de cette réforme vers une politique familiale globalisante à partir d’un questionnement sur comment rassembler l’ensemble des divers types de familles, et un objectif de focaliser le soutien sur les classes à bas revenus.

Le premier élément est le rôle majeur joué par les organisations non gouvernementales et les mouvements sociaux, comme le mouvement des pauvres ou le mouvement des femmes. Une variété de mouvements sociaux coopèrent ainsi en tirant parti des ressources locales, et déploient une variété d’actions en soutien aux familles et aux enfants défavorisés. En second lieu, il faut citer le rôle des universitaires et des chercheurs. Dans le cadre d’une question politique débattue dans la sphère sociale, ce sont non seulement les groupes concernés et les activistes sociaux, mais également les universitaires et les chercheurs qui travaillent ensemble et créent un dynamisme général pour faire bouger les choses. Le troisième point est la présence d'une forte volonté politique. Roh Moo-hyun avait assigné comme une tâche importante de son gouvernement le soutien des familles à faibles revenus.