Trois modèles de changement climatique

Si pour une raison ou une autre, la masse des eaux chaudes se trouve au contraire dans le Pacifique est, la « polarité » est inversée, et les poches d’eaux froides sont déplacées de même. Cela affecte la direction dans laquelle soufflent les vents dominants, et par conséquent, l’endroit où les nuages de pluie se formeront.

Cette inversion de la polarité est-ouest dans le Pacifique est appelée El Niño. Dans l’océan Indien, quand la même polarité est-ouest apparaît, on l’appelle « IOD négatif ».

Dans le Pacifique, quand la répartition normale des températures de la surface océanique, chaudes à l’ouest, froides à l’est, est accentuée par rapport à la normale, résultant en une masse d’eau froide dans le Pacifique est, on appelle ce phénomène La Niña. Dans l’océan Indien, la répartition similaire des températures de surface, chaudes à l’ouest, froides à l’est, s’appelle « IOD positif ».

Récemment, dans l’océan Pacifique, les cas où les masses océaniques chaudes ou froides ne se produisent plus ni à l’est ni à l’ouest, mais au centre de l’océan, se sont multipliés. J’ai nommé ces situations « El Niño-modoki » (simili-El Niño) et « La Niña-modoki » (simili-La Niña).

Tels sont les trois modèles principaux de variabilité climatique. Des situations du même type ont été récemment mises en évidence, non seulement au niveau des océans Pacifique et Indien, mais à une plus petite échelle dans d’autres mers suffisamment vastes. Comme par exemple le California Niño/Niña au large de la côte ouest des États, ou le Ningaloo Niño/Niña au large de la côte ouest de l’Australie.

Ces schémas océaniques et atmosphériques déviants résultent invariablement en des températures océaniques, températures atmosphériques, quantité de précipitations et pressions atmosphériques anormales, bref, en effets météorologiques anormaux, non seulement dans les secteurs proches, mais également dans des zones terrestres ou maritimes fort éloignées.

Les vagues de chaleurs estivales au Japon deviennent la norme

Ces dernières années, les chaleurs intenses plusieurs étés de suite sont devenues un problème. L’été 2013 a par exemple fait plus de 900 victimes de coup de chaleur. Nous sommes là dans des chiffres équivalents à une catastrophe naturelle majeure. D’autant plus que la situation de 2013 n’est plus exceptionnelle, mais semble plutôt devenir la norme. Les canicules les plus fortes ont été, par ordre d’importance, 1994, 2013 et 2010. Or, on remarque que 1994 fut une année de l’IOD positif dans l’océan Indien, alors que 2013 et 2010 furent des années de l’IOD négatif dans l’océan Indien, concomitant à un phénomène La Niña dans l’océan Pacifique (autrement dit la température de la mer était supérieure à la normale à l’est de l’océan Indien et à l’ouest de l’océan Pacifique, alors que la température était inférieure à la normale à l’ouest de l’océan Indien et à l’est de l’océan Pacifique).

Quand l’IOD positif se produit dans l’océan Indien, de façon générale l’été au Japon et dans les pays du pourtour méditerranéen est plus chaud que la normale, alors que les précipitations sont supérieures à la moyenne en Inde et en Afrique de l’est. Inversement, les zones agricoles de l’Australie du sud-ouest et du sud-est connaissent la sécheresse. Ce fut le cas en France lors de la canicule d’août 2003, avec une vague de chaleur de plusieurs jours à des températures supérieures à 35°C qui fit plus de 2 000 victimes. Dès que l’IOD positif a disparu subitement à la mi-août, la température en France a chuté sous les 30°C. Lors d’un phénomène comparable de l’IOD positif typique en 2006, une sévère sécheresse a frappé l’Australie, et sécheresse et hautes températures à Bornéo et Sumatra ont causé des incendies et des feux de forêt d’une très grande ampleur. De l’autre côté, plus d’un million de personnes ont été victimes d’inondations en Afrique de l’est.

Été froid et pluies faibles au Japon sous l’influence d’El Niño

En cas de phénomène El Niño dans l’océan Pacifique, on observe un été froid et des précipitations réduites au Japon. L’Inde subit une sécheresse. Par contre, les précipitations sont supérieures aux moyennes annuelles sur la côte Pacifique des pays d’Amérique centrale et du sud. Inversement, dans le cas de figure de La Niña, comme en 2010 et 2013, le dipôle de l’océan Indien n’a pas eu d’influence au Japon qui a connu au contraire une vague de chaleur. En 2007, la canicule au Japon qui causa tant de victimes fut provoquée à la fois par le dipôle de l’océan Indien et La Niña du Pacifique. L’hiver 2005-2006 et ses chutes de neige record sur la côte de la mer du Japon étaient également sous l’influence de La Niña.

En 1993, la situation était une combinaison de El Niño dans le Pacifique et l’IOD négatif dans l’océan Indien. Les conséquences ont été une récolte extrêmement mauvaise dans la région du Tôhoku, qui obligea le Japon à importer du riz. La Corée du Nord connut elle aussi une récolte désastreuse, suivie par la canicule l’année suivante en 1994. La péninsule coréenne connut une crise économique qui fit même apparaître une situation de crise au niveau de la sécurité.

Les situations « modoki » provoquent elles aussi des anomalies météorologiques. En 2004, la situation était celle d’un El Niño-modoki : une masse d’eau océanique de température élevée est apparue au milieu de l’océan Pacifique tropical, aux environs de la ligne de changement de date. La conséquence a été une zone de naissance des typhons décalée vers l’est par rapport aux autres années. Et alors que le Japon connaît une moyenne de trois typhons par ans sur l’archipel, il y en eut dix cette année-là.