Ayons l’œil sur la « variabilité climatique » plutôt que sur le « changement »
Le mécanisme par lequel le réchauffement global conduit à des anomalies ou des phénomènes météorologiques extrêmes peut être résumé comme suit :
(1) Réchauffement climatique → (2) Réchauffement des océans → (3) Plus grande fréquence et radicalisation de la variabilité climatique, c’est à dire des déviations par rapport aux cycles océano-atmosphériques normaux → (4) Épisodes climatiques et phénomènes météorologiques extrêmes qui provoquent des dégâts.
Ce mécanisme est aujourd’hui global. Néanmoins, le débat est trop souvent basé sur une compréhension très superficielle – voire erronée – des mécanismes géophysiques en jeu. L’une des raisons de cette situation réside dans le fait que l’on confond trop souvent le « changement climatique », qui est une question à long terme, et la « variabilité climatique », qui permet de décrire les schémas météorologiques qui causent les phénomènes météo anormaux.
La « Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques » a été mise en place en 1992. Le Japon en est signataire, mais le titre a été mal traduit en japonais où il est devenu « Convention-cadre sur les variations climatiques ». J’étais contre cette traduction, mais elle est désormais admise comme officielle.
La raison du scepticisme persistant concernant le réchauffement global – malgré l’indéniable fréquence des phénomènes climatiques anormaux – vient à mon sens de cette confusion entre les deux notions que font de nombreuses personnes, et en particulier les médias. Le « changement » climatique est un processus graduel dans la longue durée, alors que la « variabilité » climatique, dans laquelle interviennent des manifestations comme El Niño, le dipôle de l’océan Indien et d’autres, est quelque chose de beaucoup plus dynamique.
Il est par conséquent d’une grande importance de bien comprendre le processus en cours dans le hiatus de 16 ans que l’on observe dans l’augmentation des températures atmosphériques globales, et pour cela faire la différence entre changement et variabilité. Les journaux induisent le public en erreur quand ils titrent sur le fait que El Niño n’apporte pas la preuve de la réalité du changement climatique. C’est peut-être vrai d’un point de vue technique, mais la plupart des lecteurs penseront que cela veut dire que les schémas météorologiques ne changent pas du tout. Ce genre de mésinterprétation empêche les mesures de protection contre les catastrophes naturelles de faire de réels progrès.
Le moratoire de « l’océan tampon » prendra bientôt fin
En revanche, au niveau de la recherche fondamentale et appliquée, les outils d’analyses et les technologies de prévision des mouvements climatiques ont montré de grandes avancées. Le phénomène El Niño dans le Pacifique, par exemple, peut être prédit avec une grande précision jusqu’à un an à l’avance. Il est peut-être difficile d’inverser les causes humaines du réchauffement global, mais la gestion des catastrophes pourrait être grandement facilitée grâce à l’amélioration des prévisions, qui aideraient à prévenir ou réduire les dégâts climatiques.
Le hiatus de 16 ans risque de se terminer très vite, car les océans ne pourront pas indéfiniment absorber toujours plus de chaleur. Les événements météorologiques anormaux et extrêmes deviendront alors encore plus intenses. Il est de la plus extrême urgence de s’y préparer.
(D’après un original en japonais paru le 26 septembre 2014)
