L’opposition en situation difficile
Quel rôle les partis de l’opposition jouent-ils dans le modèle de régime parlementaire où le processus décisionnel est dominé par un parti ? Le point essentiel en l’occurrence est qu’en règle générale les projets de loi ne sont pas amendés au cours des débats parlementaires.
Dans le cas du régime parlementaire du Japon d’après-guerre, il est arrivé que l’opposition soit en mesure d’obtenir des concessions du parti au pouvoir en refusant de participer aux travaux du parlement ou en ayant recours à diverses tactiques de retardement. Ces procédés misent sur la brièveté des séances de la Diète et sur la tendance des médias à critiquer le parti au pouvoir lorsqu’il fait passer en force un projet de loi. Dans la plupart des cas, toutefois, les concessions ainsi obtenues ne sortent pas du champ de ce que le gouvernement avait prévu en proposant le projet. Et il est tout à fait inhabituel qu’un texte de loi véritablement important finisse par être rejeté.
Vu la grande difficulté qu’il y a à obtenir le remaniement ou le blocage d’un texte de loi essentiel, les choix de l’opposition sont extrêmement réduits en termes de tactique. Dans le modèle de gouvernement où le processus de décision est contrôlé par un parti, la ligne de conduite classique pour les formations de l’opposition consiste à se servir des débats au Parlement pour mettre en lumière les aspects problématiques des projets de loi proposés par le gouvernement, puis à faire connaître leur position dans les médias, de manière à attirer l’attention du public et, par voie de conséquence, à gagner suffisamment de voix pour accéder au pouvoir à l’issue de l’élection suivante. Mais, dans bien des cas, le public ne s’intéresse guère aux débats parlementaires, si bien que cette ligne de conduite est d’une efficacité douteuse en termes d’effets sur l’électorat.
Proposer un autre texte de loi est une démarche futile
Les partis de l’opposition se voient souvent pressés de proposer des projets susceptibles de remplacer ceux que présente le gouvernement. Mais, vu que le parti qui détient le pouvoir contrôle le processus de décision politique, la proposition d’un texte de substitution par un parti de l’opposition n’a aucun effet hormis celui de faire connaître les positions de ce parti. Dans la plupart des cas, les textes de substitution n’apportent aucun avantage au parti qui les présente, surtout s’il s’agit d’un grand parti comme le PDJ.
Si le projet de substitution entraîne une révision massive du texte, il n’a absolument aucune chance de passer. Quand un texte de loi proposé par le gouvernement constitue un objet de confrontation entre les partis de la majorité et de l’opposition, le contenu du projet est mis au point à l’avance au sein du parti dominant et dans le cadre de négociations entre représentants du parti et du bureau du Cabinet pour la législation. Or ce processus prend énormément de temps et d’énergie. Voilà pourquoi, une fois le projet soumis au Parlement, il est inconcevable de procéder à des remaniements qui soient incompatibles avec le contenu du texte préalablement élaboré par le gouvernement et le parti au pouvoir.
Et si le projet de remplacement émanant de l’opposition ne propose que des changements mineurs, il n’exercera pas suffisamment d’attrait sur les électeurs pour être efficace. Outre cela, le parti de l’opposition qui présente un tel projet de loi doit le défendre à la Diète, et il risque de se voir reprocher par les médias et par ses propres supporters d’être trop accommodant.
Ceci étant, on peut commencer à comprendre la raison des choix tactiques du PDJ face à la loi sur la sécurité nationale proposée par le gouvernement, y compris son ralliement au mouvement de protestation à l’extérieur de la Diète et son recours à la force physique pour entraver le processus législatif à l’intérieur de celle-ci.
