Les villes : des environnements surpeuplés et insalubres
Le surpeuplement urbain alimente la flambée des maladies infectieuses. Au Royaume-Uni, aux débuts de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle, les grandes villes se sont trouvées en état de grave surpopulation. Alors que les prolétaires affluaient des zones rurales, les fonctions urbaines telles que le logement, l’approvisionnement en eau potable et l’élimination des déchets ne suivaient pas. Des bidonvilles se sont formés un peu partout. « L’insalubrité de l’environnement et la surpopulation ont favorisé la propagation des maladies », souligne M. Ishi.
En 1831, une épidémie de choléra a fait 140 000 morts au Royaume-Uni. À l’époque, les citoyens ne disposant pas d’eau potable utilisaient des puits pollués par les eaux usées. Le docteur John Snow a étudié les quartiers les plus touchés par le choléra et a constaté que les habitants buvaient l’eau de la Tamise.
Il en a conclu que le choléra était transmis par l’eau, en contradiction avec la théorie dominante qui croyait que la maladie était transmise par l’air. C’est le début de l’épidémiologie, qui conduira à l’amélioration drastique de l’acheminement de l’eau et des eaux usées. Le docteur Snow est aujourd’hui reconnu comme le père de l’épidémiologie.
Les virus sur les navires
« Les navires du commerce des esclaves ont montré les premiers que les virus adoraient les environnements à forte densité humaine », explique M. Ishi. Dans certains cas, 30 à 50 % des esclaves embarqués en Afrique décédaient au cours de la traversée de l’Atlantique avant leur arrivée en Amérique. Les virus savent que dans un environnement surpeuplé, ils auront plus de facilité à se communiquer d’un humain à un autre.
C’est le problème qui s’est posé avec la contamination du nouveau coronavirus à bord du navire de croisière Diamond Princess. « L’environnement était idéal pour le Covid-19, avec 3 700 personnes, dont de nombreuses âgées à risque, confinées à bord... Selon le CDC (Center for Disease Control) américain, 110 foyers infectieux ont été répertoriés dans le monde », rapporte M. Ishi. Quel que soit le niveau de luxe du navire, le virus ne fait pas de quartier...
La responsabilité chinoise
« La Chine a une grande responsabilité dans le déclenchement de l’épidémie », déclare M. Ishi, qui avait très précisément prédit la pandémie actuelle dans un ouvrage qu’il a publié il y a six ans. Sous le titre « La Chine, potentiel nid à maladies infectieuses » (Kansenshô no sôkutsu ni nariuru Chûgoku), il avait même prévu la propagation de l’épidémie à la faveur des grands déplacements du Nouvel An chinois. Un pays d’un milliard quatre cent millions d’habitants qui a encore de graves problèmes d’hygiène publique, si l’on excepte les métropoles.
« Une autre préoccupation est que la Chine a pris pied en Afrique de l’Ouest, où les questions d’hygiène ne sont pas plus avancées. De nombreux techniciens chinois poursuivent la destruction de l’environnement en Afrique pour exploiter les ressources du sous-sol », dans des régions où dort la plus terrible des maladies infectieuses. Si par malheur le virus Ebola était introduit en Chine… de quoi en avoir des sueurs froides rien que d’y penser.
(Photo de titre : des travailleurs portant une combinaison protectrice transportent une victime du virus Ebola, à Beni, en République du Congo, le 14 juillet 2019 © Jerome Delay/AP Photo/Aflo.)


