Une entreprise locale réussit à produire en grande quantité du tissu à partir de cocons « Sanminsan »

Un tissu de soie ordinaire (fond) : un même procédé de tissage, mais dix fois plus épais que le « Fairy Feather » (devant)

C’est l’exploit du « Fairy Feather » qui permet à Kawamata de repartir de l’avant. La compagnie Saiei Orimono Co., Ltd. dont c’est le soixantième anniversaire cette année, a mis en au point une nouvelle technique.

M. Saitô Yasuyuki, Président de Saiei Orimono, raconte : « Nous avions en tête l’image des ailes d’éphémère, qui s’envolent au moindre souffle ». Nous avons teint les fils de chaîne et de trame de différentes couleurs, et le résultat est là : exactement comme nous l’avions rêvé !

La mise au point du « tissu le plus fin du monde » aura nécessité des efforts soutenus en recherche et développement. Ces efforts ont bénéficié activement de toutes les aides disponibles, par exemple le « soutien pour la valorisation des ressources régionales », une aide du ministère de l’économie, du commerce extérieur et de l’industrie. La sélection de la matière première a porté sur un cocon particulier. De manière générale, le cocon de ver à soie mue quatre fois avant d’être utilisé, mais pour le Fairy Feather, un fil appelé « Sanminsan » est utilisé. N’ayant mué que trois fois, il est donc plus petit, mais son fil est très fin et souple comme un fil d’araignée. Néanmoins, compte tenu des frais important mis en œuvre pour sa production, très peu d’entreprises l’utilisaient.

Robe de mariée, création de Katsura Yumi, en soie « Fairy Feather » présentée à « l’exposition textile de Fukushima » à Tokyo en mars 2012.

M. Saitô raconte pourquoi il a osé s’attaquer à une technique si difficile que d’autres hésitaient à aborder : « les tissus fins et légers sont à la mode actuellement. Mme Katsura Yumi, styliste de robes de mariée avec qui nous travaillons depuis trente ans, souhaitait créer une robe de mariée légère, qui demande moins d’effort à porter pour la mariée, qui pourra ainsi danser en toute légèreté ».

Il fallut encore apporter de délicates améliorations au métier à tisser industriel, afin que le fil ultra-fin supporte la violence du tissage industriel sans casser ni boulocher. Finalement, grâce à un contrôle optimal de la tension du fil, la mise en production du Fairy Feather fut un succès.

Excellent résultat commercial à Paris et Milan

Parallèlement, Saiei Orimono s’est attaqué au développement de débouchés à l’exportation. La compagnie exporte des robes de mariée vers les États-Unis depuis plus de vingt ans, mais la crise de Lehman Brothers en 2008 a mis un frein à ce marché. Elle s’est alors reportée sur l’industrie de la confection européenne, en présentant ses produits à Milan lors d’une rencontre commerciale organisée sous l’égide de la JETRO (Japan External Trade Organization). Sélectionnée par un « programme de soutien à des projets d’avenir vers l’exportation », l’entreprise de Kawamata a ainsi pu présenter ses produits à Paris et Milan en février 2011, obtenant des commandes d’échantillons de la part de plusieurs grandes marques connues internationalement. La presse locale a même parlé d’une commande de la maison Georgio Armani.

« La création et la commercialisation d’un tel produit ne se fait pas sans énormément de temps et la coopération de tous. Le Fairy Feather n’est pas uniquement notre réalisation. Les autres entreprises du secteur, teinturiers, retordeurs, apprêteurs, ont collaboré au projet sans épargner leurs efforts. C’est grâce au trvail de tout le monde que le Voile de la nymphe céleste est né. Depuis le séisme, on parle beaucoup de Kizuna, un mot qui signifie « lien ». Ce tissu est la matérialisation de nombreux kizuna compilés », déclare M. Saitô avec passion.

Le rêve de M. Saitô est que le tissu de sa compagnie soit utilisé dans les costumes de théâtre de la grande tradition historique ou l’Opéra de Paris. Qui sait jusqu’où le Fairy Feather pourrait s’envoler ! Autrefois les foulards de soie fabriqués au Japon connaissaient un grand succès dans le monde entier, mais le nom de Kawamata-machi, leur région d’origine, était resté caché derrière celui de Yokohama, le port d’embarquement. Cette fois, c’est sous le nom de « soie de Kawamata » qu’elle doit conquérir le monde !

(Interview et texte : Yanagisawa Miho. Photos : Katô Takemi. Article mis à jour en juin 2023.)

 

Métier à tisser procédé Ôhashi, exposé à la galerie permanente de la ville

Population : 11 277 habitants (chiffres de juin 2023)
Site de la mairie de Kawamata-machi

Histoire de la soie de Kawamata

Fin du VIe siècle Selon la tradition, la princesse Otehime introduit la sériciculture
1877 Fondation de la première filature mécanisée dans la préfecture de Fukushima
1885 Le taffetas « Karume-habutai » est exporté vers les pays étrangers
1889 Le village de Kawamata-mura devient la ville de Kawamata-machi
1899 Première succursale de la Banque du Japon dans le Tôhoku est fondée à Fukushima
1905 Invention du métier à tisser procédé Ôhashi et développement de la mécanisation
1915 Fondation de la Banque Kawamata
1955 Une ville et sept villages fusionnent pour devenir l’actuelle ville de Kawamata-machi
1988 Ouverture de la galerie permanente des textiles de la ville.