La mousse : un petit lanceur d'alerte sur le climat
Les jardins japonais, en particulier ceux utilisant la technique shukukei (représentation de paysages miniatures de montagnes escarpées ou d'îles dans une mer ondulante) sont non seulement splendides, mais fournissent également un environnement riche et varié où la mousse peut prospérer. Des recherches universitaires ont révélé que les jardins japonais peuvent contenir jusqu'à plus de 100 espèces différentes de mousse, dont certaines rares. Ces espaces verts servent de refuge pour des variétés qui sont aujourd’hui menacées. Car en dehors des jardins, la situation n'est pas aussi positive : à mesure que l'urbanisation modifie l'environnement, la mousse perd son habitat.
Les spécialistes bryophytes sont préoccupés par l'impact de l'activité humaine sur la mousse. Une des menaces nouvelles est la hausse des températures nocturnes causée par les « îlots » de chaleur urbains. Les villes, recouvertes de matériaux qui absorbent et retiennent la chaleur comme le béton et l'asphalte, voient leurs températures augmenter par rapport aux zones environnantes. Dans ces conditions, la mousse étouffe et perd en vitalité.
La mousse n’est pas comme les arbres ou l'herbe : elle absorbe l'humidité et les nutriments directement à travers ses cellules en surface. La rosée et le brouillard matinal sont d'importantes sources d'énergie, mais les îlots de chaleur urbains empêchent la formation de gouttes d'eau. Les relevés météorologiques de la ville de Kyoto montrent que pendant les années 1960, il y avait de la rosée 30 fois par an en moyenne, mais cette fréquence est tombée à pratiquement zéro pendant les années 2000. En conséquence, la quantité de mousse présente dans les zones les plus touchées par ce phénomène a fortement diminué. Si elle n'est pas maîtrisée, cette disparition rapide de la mousse pourrait causer une menace sérieuse pour le patrimoine culturel japonais et la beauté des jardins.
La mousse n'est pas seulement importante d’un point de vue culturel. En effet, sa sensibilité aux conditions environnementales en fait également un indicateur fiable du changement climatique. Les scientifiques se reposent de plus en plus sur elle pour saisir l'ampleur de la situation. Cependant, ce déclin n'est pas un phénomène unique aux villes ; dans les zones sauvages également, les différentes espèces subissent des dommages sérieux, notamment à cause de la prolifération des cerfs qui ravagent les forêts.
Il est possible d'approfondir notre compréhension du changement climatique grâce à la mousse. Les scientifiques l'utilisent déjà pour étudier les niveaux de pollution, aussi bien à l'échelle locale que mondiale. Ce que la mousse nous apprend sur l'environnement aujourd'hui peut avoir des répercussions importantes plus tard à plus grand échelle. Espérons que nous tendrons l'oreille vers ces petits lanceurs d'alerte, avant qu'il ne soit trop tard pour éviter une catastrophe environnementale.
(Voir également notre article : Voyage enchanté dans une forêt de mousses : Koke no Mori, à Nagano)
(Photo de titre : jardin de mousse du temple Rurikô-in à Kyoto. Photos de Ôishi Yoshitaka)




