S’entrainer et se mesurer à des sportifs non-handicapés

— Il semble que vous vous entrainez régulièrement et depuis longtemps avec des sportifs non-handicapés de haut niveau qui visent eux-mêmes une sélection pour les JO juniors…

Y.T.    En effet, cette expérience est essentielle. Jusqu’au collège, je visais très sérieusement les Jeux olympiques. La première fois que j’ai participé aux Jeux paralympiques, j’étais en première année de collège, et j’ai fortement ressenti que l’esprit qui y régnait n’avait rien à voir avec la natation que j’avais pratiquée jusque-là. Jusqu’au lycée, jusqu’à ce que les athlètes autour de moi créent réellement l’écart, je visais des performances de natation classique.

Il est évident que l’univers de la compétition est beaucoup plus rude dans les sports non-handicapés ; là-bas, il faut véritablement arracher la victoire de toutes ses tripes pour accéder au niveau supérieur. Et de nombreux signaux les poussent dans ce sens. Mais dans l’univers japonais des sports paralympiques, les pratiquants dans chaque discipline sont tellement peu nombreux que vous ne faites pas l’expérience de la compétition de haut niveau tant que vous ne vous frottez pas à des adversaires internationaux. Dans ma discipline à moi, où le handicap n’est pas très important, les athlètes dans le monde entier sont très nombreux et la compétition féroce. On ne peut même plus dire que l’entraînement est adapté à leur handicap, car ils intègrent les dernières idées développées pour la natation non-handicapée. Et il faut ça si vous voulez vous mesurer aux meilleurs.

— Un environnement dans lequel les athlètes handicapés et non-handicapés peuvent s’entraîner ensemble existe-t-il, au Japon ?

Y.T.    Il n'y a pas grand-chose. Certes, depuis que Tokyo a été fixé pour accueillir les JO de 2020, ça s’améliore petit à petit, et de nombreuses universités acceptent de nous accueillir. Mais en natation, compte tenu de la différence de puissance, il est impossible de nous entraîner ensemble. Nous partageons le même espace pour s’entraîner, mais en réalité nous ne pratiquons pas ensemble…

À mon entrée dans l'équipe de natation de l’université, j’ai pris la décision de m’entraîner sur exactement le même programme que les autres membres. C’était sans doute une première dans l’activité d’un club universitaire. Quand j’y repense aujourd’hui, il n’y avait pas que des avantages à le faire, mais je ne pouvais pas le savoir sans m’y mettre d’abord. Et au bout du compte, je pense que cette décision était la bonne.

— Quels aspects étaient bons et quels aspects étaient négatifs ?

Y.T.    Le point positif est que je côtoyais des athlètes qui visaient le sommet dans un univers difficile. Cela m’a énormément appris au niveau du mental. L’entraînement était mis au point pour faire accéder au niveau supérieur des nageurs ayant participé à des finales de championnats inter-lycées. La quantité d’entrainements était énorme. Et moi, je faisais tout avec un seul bras. Pour le coup, je pense vraiment que c’était assez dur, même selon les standards pratiqués à l’étranger.

L’aspect négatif était justement que la quantité d’entrainement dépassait la mesure. J’abîmais mon corps, je me blessais, ce qui m’empêchait d’atteindre un bon record personnel. Pendant quatre ans, j’ai procédé par tâtonnements, et finalement, c’est à Londres que j’ai atteint ma meilleure performance. Je suis content, mais cela m’a sans doute pris trop de temps. L’expérience m’a néanmoins permis de modifier mon style d’entraînement une fois que j’ai quitté l’université pour entrer dans la vie active. Dans ce sens, je pense que cette période m’a été très utile.