Il n’y avait plus une seule librairie dans la ville, les gens se sont levés…

Si Rumoi a compté jusqu’à cinq librairies à l’époque de son apogée, toutes ont fermé les unes après les autres quand le déclin est venu. M. Kon travaillait dans la dernière librairie indépendante en activité à l’époque, quand, un matin de décembre 2010, le propriétaire a annoncé qu’il mettait la clé sous la porte.

Kon Takumi est né en 1949 dans le village de Hamamasu, à 70 km de Rumoi, où sa famille a déménagé alors qu’il était en 5e année d’école primaire. À la fin de ses études secondaires, il est monté à Tokyo, mais est rentré au pays à l’âge de 30 ans, après son mariage. Sans vrai projet pour sa vie professionnelle, mais fréquentant assidûment les librairies dont il a toujours aimé l’espace et le confort lié à la présence des livres, il vit une offre d’emploi. Ce fut le début d’une carrière de trente années en tant qu’employé de la librairie locale.

Kon Takumi
Kon Takumi

Ses fonctions portaient essentiellement à s’occuper du service commercial extérieur, mais sa joie quotidienne était d’ouvrir tous les jours la librairie et de se tenir devant les rayonnages remplis de livres avant de partir en tournée commerciale. La fermeture fut pour lui un choc. Non seulement il perdait son emploi, mais il perdait la motivation qui le faisait tenir debout dans sa vie quotidienne. Quand il devait se rendre à l’agence pour l’emploi pour demander à bénéficier de l’assurance chômage et chercher un nouveau travail, il s’arrêtait ensuite à la bibliothèque municipale pour retrouver la paix intérieure devant les rayonnages de livres.

Un printemps 2011, le magasin Sanseidô de Sapporo organisa un événement promotionnel à Rumoi en direction des enfants à l’époque de la rentrée scolaire. M. Kon trouva là l’occasion de se faire engager pour une période de six semaines à superviser les ventes.

À la même époque, une association d’amoureux de livres et de lecture se forma autour d’un certain nombre de femmes au foyer avec pour objectif de faire ouvrir un magasin Sanseidô à Rumoi. L’antenne locale du journal Hokkaidô Shimbun suivit leur action, qui consista, dès leur premier mois d’existence, à suggérer à la direction de Sanseidô d’ouvrir un magasin dans leur ville. Et pour montrer leur sérieux, elles organisèrent une campagne d’inscription à la carte de membre de Sanseidô, qui recueillit 2 500 abonnements, soit près de 10 % de la population de la ville en un mois.

De son côté, M. Kon se réjouissait de reprendre contact avec la librairie après plusieurs mois de chômage quand se produisit quelque chose auquel il ne s’était pas attendu : des parents ou grands-parents, qui avaient accompagné leurs enfants ou petits-enfants à l’événement, lui demandèrent s’il n’avait pas des livres pour adultes aussi. M. Kon commanda donc en urgence, au magasin de Sapporo, par fax depuis son domicile, un envoi de livres pour adultes en complément des manuels scolaires de l’événement. Et il réussit à en vendre plusieurs centaines !

Au final, la campagne « Pour une librairie Sanseidô à Rumoi » rassembla 8 000 adhérents. L’enthousiasme de M. Kon fit également grande impression. Et alors que Sanseidô n’étudie en principe aucune nouvelle ouverture dans les villes de moins de 300 000 habitants, la naissance d’un de leur magasin à Rumoi fut très vite décidée.

L’union et la passion font la force

La bonne nouvelle de l’ouverture d’un magasin Sanseidô à Rumoi fut immédiatement communiquée à Watanabe Toshiyuki, chef de la section agricole de Rumoi à l’Agence pour la promotion de Hokkaidô, mais aussi vice-maire de Rumoi.

Watanabe Toshiyuki
Watanabe Toshiyuki

M. Watanabe s’était inquiété de la disparition de la dernière librairie de Rumoi il y a onze ans. Il en avait parlé au directeur général de l’Agence de promotion de Hokkaidô lors d’une fête de fin d’année. Le directeur général lui avait laissé entendre que les personnes qui avaient vocation à agir pouvaient agir. Et bien que la librairie ne fasse pas partie des attributions d’un directeur de section agricole, il avait ressenti le devoir de conduire ce projet de faire revenir une librairie à Rumoi. De toutes les chaînes de librairies implantées au niveau national, dont plusieurs possèdent un magasin à Sapporo, Sanseidô fut la seule à ne pas décliner la proposition d’entrée de jeu. Et encore, la réponse à ce stade était : « Il faut voir le site de près, nous ne pouvons pas nous prononcer avant. »

C’est Ibata Takayasu, le directeur de la bibliothèque municipale de Rumoi, qui proposa à M. Watanabe de faire agir les citoyens. À l’invitation de M. Watanabe et de M. Ibata, Mme Mura Chiharu prit en main l’association citoyenne qui prit le nom de « Pour une librairie Sanseidô à Rumoi ». Des cercles de lecture furent montés entre amies qui connurent immédiatement un très grand succès. La population de la commune se découvrit une pensée commune : ils ne pouvaient pas imaginer leur ville sans librairie.

Quelques membres de la campagne « Pour une librairie Sanseidô à Rumoi » (de gauche à droite : Ibata Takayasu, Mura Chiharu, Hanzawa Toyohide)
Quelques membres de la campagne « Pour une librairie Sanseidô à Rumoi » (de gauche à droite : Ibata Takayasu, Mura Chiharu, Hanzawa Toyohide)

Mais ce n’est qu’à partir du moment où Sanseidô commença à envisager sérieusement une ouverture à Rumoi que la position de M. Watanabe devint tenable. Jusque-là, il devait faire face à une opposition au sein de sa propre Agence : « En quoi cela concerne-t-il une section agricole ? » D’autre part, de nombreux habitants de Rumoi se sentaient démoralisés par le déclin continu de leur ville : À quoi bon ? Le maire de Rumoi lui-même ne montrait pas une attitude particulièrement positive.

La division de la promotion a attendu que l’association citoyenne ait réussi sa campagne d’inscriptions, profitant du fait que Sanseidô assouplissait sa position, avant de proposer une convention globale. L’idée était de contribuer à la prospérité de la ville de Rumoi par le biais des livres, notamment en organisant des salons du livre et d’autres événements locaux sur le thème du livre et de la lecture, par la coopération des uns avec les autres. La ville, de son côté, a subventionné l’emploi et la rénovation des magasins de la ville.

M. Kon, qui n’était pas au courant de l’évolution de la situation, se rendit à une convocation du magasin Sanseidô de Sapporo avec son épouse. Quand la librairie lui a proposé le poste de responsable du nouveau magasin de Rumoi, il s’est effondré en larmes.