Une volonté d’améliorer le système en place

De leur côté, les autorités japonaises n’ont pas ménagé leurs efforts pour améliorer les choses. Quand le premier groupe de candidats en provenance d’Indonésie est arrivé au Japon, il n’avait suivi aucune formation linguistique préalable et il n’existait pas de manuels spécialement conçus pour eux. Mais par la suite, un programme de formation préalable dans le pays d’origine a été mis en place, programme dont la durée a été étendue à six mois pour les candidats qui sont arrivés cette année. Il a pour objectif d’initier les candidats à la lecture et à l’écriture de la langue japonaise avant leur départ, et il comporte aussi, une fois sur place, des cours d’une durée de six mois sur la culture et les coutumes de l’Archipel, pour les préparer psychologiquement au milieu dans lequel ils vont travailler. On espère ainsi réduire les difficultés éprouvées à la fois par les candidats au moment de leur arrivée et par les établissements qui les accueillent.

Le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a, par ailleurs, pris des mesures pour permettre aux candidats non Japonais de réussir plus facilement les examens nationaux. En 2011, il a décidé de faire accoler des furigana — des caractères phonétiques minuscules inscrits à côté des idéogrammes pour indiquer leur prononciation — aux kanji (caractères chinois) les plus difficiles des textes des examens. Et en 2013, tous les kanji devraient être accompagnés de furigana indiquant leur lecture et les candidats étrangers auront plus de temps que les autres pour rendre leur copie. Par ailleurs, l’ambassade du Japon en Indonésie a apporté son soutien aux candidats indonésiens rentrés dans leur pays sans avoir obtenu de diplôme, notamment en les aidant à trouver du travail dans des entreprises japonaises installées sur place, de façon à éviter qu’ils se sentent lésés.

Le programme de formation préalable des premiers candidats originaires du Vietnam — qui vont être recrutés cette année et arriveront au Japon en 2013 — devrait être encore plus complet. Les postulants bénéficieront en effet d’une année complète d’apprentissage du Japonais au Vietnam, de façon à être capables de parler couramment à leur arrivée au Japon. Pour financer cette formation préalable, le gouvernement japonais utilise des fonds provenant du budget pour l’aide au développement. En avril 2012, Nguyen Tan Dong, le premier ministre du Vietnam, s’est rendu au Japon où il a signé un accord bilatéral sur ce programme. Il a déclaré que la langue vietnamienne est l’obstacle majeur rencontré par les Japonais qui travaillent au Vietnam et que, de la même façon, l’apprentissage de la langue japonaise est la difficulté la plus ardue que doivent surmonter les Vietnamiens qui veulent travailler au Japon. Il a ajouté qu’il espérait que les candidats recevraient une bonne préparation aux examens avant de se rendre dans l’Archipel.

Quoi qu’il en soit, ces efforts ne seront probablement pas suffisants. Pour faire face au problème des candidats aux métiers d’infirmier ou d’aide-soignant qui rentrent dans leur patrie une fois leur diplôme en poche, le ministère de la Santé veut vérifier que les postulants ont l’intention de continuer à travailler au Japon s’ils obtiennent leur diplôme, avant qu’ils signent un contrat d’embauche avec un établissement japonais. Les diplômés étrangers auraient toutefois la liberté de choisir l’endroit de l’Archipel où ils souhaitent travailler. Mais le rôle du gouvernement japonais devrait se limiter à les encourager à rester au Japon en tant que prestataires de soins de santé. Du point de vue du droit international du travail, il n’est pas concevable que les candidats qui n’obtiennent pas de diplôme soient contraints de quitter le Japon et que ceux qui réussissent à l’examen soient obligés de continuer à travailler dans le même établissement.

Un autre problème qui se pose, c’est celui de trouver un emploi pour les candidats aux postes d’infirmier ou d’aide-soignant. Pour pouvoir venir travailler au Japon, ils doivent en effet être préalablement embauchés par une institution. Les établissements japonais envoient des responsables sur place pour faire passer des entretiens aux candidats avant leur arrivée au Japon et s’efforcer, bien entendu, de trouver les meilleures recrues possibles. Tant et si bien que certains candidats ne reçoivent aucune offre d’embauche et doivent renoncer à leur projet d’aller travailler au Japon alors même qu’ils ont déjà passé un temps considérable à étudier la langue japonaise dans le cadre de leur formation préalable.

Une réforme en profondeur indispensable

Le nombre des candidats à un poste d’infirmier ou d’aide-soignant en provenance des Philippines et de l’Indonésie est en train de diminuer, probablement à cause des problèmes que l’on vient d’évoquer. Le Japon n’est pas le seul pays touché par le vieillissement de sa population. Les infirmiers et les aides-soignants ont beaucoup moins de mal à trouver du travail dans d’autres pays, en particulier en Europe, aux Etats-Unis ou à Singapour. A l’heure actuelle, les travailleurs qualifiés peuvent de plus en plus facilement s’expatrier. Il faudrait envisager une réforme en profondeur qui permette de passer du système actuel à une autre formule où les personnes qui connaissent la langue japonaise et sont qualifiées dans un certain domaine seraient autorisées à entrer au Japon avec un visa de travail de courte durée.

Le Japon est l’un des premiers pays du monde en termes de vieillissement de la population, et il y a une demande considérable de la part du reste de l’Asie pour des emplois et des études au Japon, dans le domaine de la santé. Mais on observe déjà des signes qui montrent que les autres pays sont de moins en moins attirés par les propositions de travail dans le domaine des soins de santé en provenance de l’Archipel, et ce qu’elle que soit l’insistance du Japon. Nous devons réformer le système actuel en profondeur avant qu’il ne soit trop tard et qu’il n’y ait plus de candidature.

D’après un article en japonais du 18 mai 2012.

Photographie au-dessus du titre : Sankei Shimbun