Le lourd tribut du mouvement d’indépendance et d’autonomie
En 1925, dans le cadre du Premier front uni chinois, la révolution en Mongolie-intérieure menée avec le soutien du Komintern et de la République populaire de Mongolie est davantage un mouvement ethnique qu’une révolution sociale, mais une partie des meneurs profite de l’incident de Mandchourie de 1931 pour s’allier avec l’armée japonaise du Guandong, s’insurgent et se battent contre l’armée chinoise. Il s’agit là encore d’une tentative d’indépendance ou d’autonomie lancée en se servant de la puissance japonaise. Le prince Demchugdongrub aussi, considéré comme l’homme de paille du Japon, est l’un de ceux qui ont mis à profit la puissance du Japon pour mener un mouvement d’autonomie. Comme la Mongolie-extérieure, la Mongolie-intérieure paye un lourd tribut.
Le Mandchoukouo établit en Mongolie-intérieure orientale le Hsingan, province « autonome » des Mongols ; à l’ouest, Demchugdongrub fonde le gouvernement autonome du Mengjiang, mais ce qui n’est ni une indépendance ni même une véritable autonomie s’effondrera avec la défaite du Japon. Immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants de Mongolie-intérieure tentent une réunification avec la Mongolie-extérieure mais ils échouent et, bien qu’ils obtiennent de la Chine la création d’une Région autonome, ils sont ensuite persécutés.
Le tribut à payer pour l’utilisation des grandes puissances dans les tentatives d’autonomie et d’indépendance a été lourd, mais aujourd’hui, la Mongolie existe en tant qu’Etat indépendant, un résultat que l’on ne peut dénier aux Mongols. L’histoire contemporaine de Mongolie mesure à l’aune de cette réussite les efforts de ses ancêtres depuis 1911. La statue de Choybalsan, dirigeant du régime dans les années 30 et 40 et instigateur des purges qui ont fait d’innombrables victimes mais considéré comme l’un des artisans de l’indépendance, se dresse aujourd’hui encore devant l’université nationale de Mongolie, alors que celle de Staline a été bien vite déboulonnée après le passage à la démocratie.
Histoire abrégée de la Mongolie
| 1911 | Révolution chinoise, séparation de la Chine (empire Qing), établissement d’un gouvernement autonome |
| 1919 | Abandon de l’autonomie et passage sous l’autorité des chefs de guerre chinois |
| Juillet 1921 | Création d’un gouvernement populaire, une monarchie restreinte dirigée par le Bogdo Gegen et proclamation de l’indépendance (révolution populaire) |
| Novembre 1924 | Proclamation de la République populaire après la mort du Bogdo Gegen |
| 1961 | Admission à l’ONU |
| Février 1972 | Etablissement des relations diplomatiques entre le Japon et la Mongolie |
| Mars 1990 | Introduction du multipartisme, abandon de fait du socialisme |
| Février 1992 | Promulgation de la Constitution mongole (la République populaire de Mongolie devient la Mongolie) |
(Source : ministère des Affaires étrangères)
Vers de nouveaux horizons pour les relations nippo-mongoles
La situation géopolitique de la Mongolie, petit pays pris entre les deux grandes puissances voisines que sont la Russie et la Chine, n’a pas changé. De ce fait, la Mongolie continue à entretenir des relations amicales avec ces deux nations tout en maintenant une diplomatie ouverte, à la recherche d’un partenaire tiers pour assurer sa sécurité nationale. Ces partenaires potentiels sont les Etats-Unis et le Japon. Un chercheur senior de l’Académie des sciences de Mongolie m’a confié que « la Mongolie souhaitait assurer sa sécurité militaire grâce aux Etats-Unis, et sa sécurité économique grâce au Japon. »
Cependant, pour les Etats-Unis comme pour le Japon, l’époque n’est plus à entretenir des visées territoriales sur la Mongolie. C’est pourquoi elle cherche, en échange d’une forme de coopération ou d’une autre, à susciter leur intérêt. J’ai souvent entendu des chercheurs mongols dire que comme les longues relations des Mongols avec les Russes leur ont permis de bien les connaître, si le Japon veut dialoguer avec la Russie, ils pourraient sans doute l’y aider. Il suffit de remplacer la Russie par la Corée du Nord pour comprendre pourquoi la Mongolie s’implique dans le dossier des Japonais kidnappés.
La valeur du Japon aux yeux d’une Mongolie désireuse d’obtenir son indépendance ou son autonomie, et celle de la Mongolie pour le Japon ont toujours été en décalage. Le Japon d’autrefois ne voyait en l’indépendance de la Mongolie qu’un stratagème de l’empire russe ou de l’URSS, sans croire que le pays possédait les moyens de son indépendance. Pour le Japon, la Mongolie était donc avant tout liée à ses intérêts nationaux.
Aujourd’hui, le Japon doit voir dans la Mongolie davantage que ses propres intérêts — la question des Japonais kidnappés ou son approvisionnement en ressources naturelles —, car il existe peu de pays où des sportifs peuvent revêtir l’habit traditionnel japonais et parader tels des héros, comme le font les lutteurs de sumo mongols au Japon.
(D'après un original en japonais du 13 mai 2014)
Photo de titre : le premier ministre Abe Shinzô remet au président Elbegdorj (à droite) un autographe du yokozuna Hakuhô lors d’une rencontre bilatérale en 2013 (30 mars 2013 à Oulan-Bator / Jiji Press)