Okinawa deviendra-t-il un autre Taïwan ou Hong Kong ?
Parmi les sujets de préoccupation figure la défaite de tous les candidats du PLD dans les quatre circonscriptions électorales de la préfecture d’Okinawa. Le Parti communiste y a remporté pour la première fois depuis 1996 un siège au scrutin uninominal. Le gouvernement de M. Abe s’efforce de minimiser cette mauvaise passe, mais lors de l’élection du gouverneur d’Okinawa en novembre dernier, le PLD avait aussi été battu par un candidat opposé au transfert de la base américaine de Futenma. Ces deux défaites auront nécessairement un impact considérable sur le système de défense japonais, et les relations avec son allié, les États-Unis.
2015 marquera le 70ème anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Okinawa qui a longtemps été occupé par les États-Unis est depuis son retour au Japon au cœur de sa stratégie fondamentale de défense. Tel est le contexte historique dans lequel les habitants d’Okinawa ont adressé au gouvernement de M. Abe un « non » retentissant à sa vision d’une cohabitation entre les bases américaines et la population d’Okinawa. Aujourd’hui l’emprise territoriale des bases américaines au Japon est supportée à 73,9 % par Okinawa (ce calcul exclut les bases militaires partagées avec les Forces d’autodéfense, comme Misawa, Yokota, Atsuki, Yokosuka, Iwakuni ou Sasebo. Si l’on en tient compte, le pourcentage redescend à 22,6 %).
L’ancien gouverneur d’Okinawa, Nakaima Hirokazu, avait accepté la création d’une nouvelle zone récupérée sur la mer à Henoko dans la ville de Nago afin d’y déplacer la base de Futenma. Sur le plan juridique, les démarches sont terminées, et il ne reste plus qu’à passer à la construction. Mais le résultat des élections générales remet cela en question. Personne ne peut dire si les travaux vont pouvoir se faire. L’opposition locale à la construction de centrales nucléaires dans d’autres préfectures japonaises a conduit à des impasses pendant dix, voire vingt ans, et il n’est pas impossible que cela soit le cas à Okinawa.
Dans certains cercles, on commence à évoquer tout bas l’indépendance d’Okinawa. Elle semble très peu probable, mais la situation actuelle d’Okinawa peut conduire à penser que sa relation avec le Japon n’est pas si différente de celle qu’ont Taïwan ou Hong Kong avec la Chine. La plus grande circonspection est de mise.
Le gouvernement japonais n’aurait-il pas réagi à la question d’Okinawa d’une manière trop épidermique ? Cela n’est pas simplement dû aux complications engendrées par l’engagement du gouvernement Hatoyama de déplacer la base de Futenma en dehors d’Okinawa, dans le but de s’attirer les grâces de la population locale. Le résultat des dernières élections là-bas le prouve.
Le rétablissement des finances publiques est le prochain problème
La mesure qui a provoqué ces élections, à savoir la décision de repousser la deuxième augmentation de la taxe sur la consommation d’un an, jusqu’à avril 2017, était inévitable pour poursuivre les « Abenomics ».
Mais cette décision ne fait que souligner la gravité de la question de l’assainissement des finances publiques. Le montant de la dette publique japonaise, sous forme de bons d’État et autres, atteint aujourd’hui le niveau dangereux de 220 % du PIB. Repousser de dix-huit mois la hausse de la taxe sur la consommation signifie un manque à gagner fiscal de 7 500 milliards de yens. Même si la conjoncture s’améliore, il est difficile d’envisager que les ressources fiscales puissent augmenter au point de combler ce déficit. Ce problème doit être résolut au plus vite.
Le PLD et le Kômeitô sont au moins d’accord pour introduire un taux réduit de la taxe sur la consommation une fois qu’elle sera passée à 10 %, mais cela ne sera pas simple à mettre en place. Au sein du PLD, la discipline financière comme au ministère des Finances compte de nombreux partisans. Répondant à une question sur l’absence de signification de ces élections que lui a posée un journaliste lors du débat organisé pendant la campagne entre les huit chefs de partis, M. Abe a avoué avoir voulu la dissolution afin de sortir de l’impasse avec les partisans de la discipline financière du parti ou du ministère des Finances.
Il est vraisemblable que le Kômeitô adoptera vis-à-vis de la question du taux réduit une position proche de celle de l’opposition. L’alliance entre les deux partis dure depuis quinze ans, et ils vivent actuellement une période de lune de miel. Mais lorsqu’ils feront face au difficile problème de l’assainissement des finances publiques, leurs relations ne seront probablement pas aussi bonnes.
(D’après un article en japonais du 16 décembre 2014. Photo de titre : Abe Shinzô en conférence de presse au siège de son parti à Tokyo, le 15 décembre 2014, Jiji Press.)