Le plus important est le redressement du potentiel économique latent
Pour finir, il faut comprendre les différences de caractères entre les objectifs chiffrés de ces trois nouvelles flèches. Comme nous l’avons vu, il sera extrêmement difficile de réaliser l’objectif de porter le taux de natalité à 1,8 comme celui de porter à zéro d’ici à 2020 les départs précoces des personnels engagés dans les soins de dépendance. Si le gouvernement tente de les réaliser à tout prix, il faudra un soutien financier considérable, tant pour augmenter le montant des allocations familiales que pour renforcer les structures d’accueil des personnes dépendantes. Dans le Japon qui dépasse déjà la Grèce avec un ratio dette publique/PIB nominal supérieur à 200 %, il ne sera pas possible d’alourdir plus encore la dette publique.
Dans ces cas, il sera difficile de donner aux objectifs des deuxième et troisième flèches une autre signification qu’ « objectifs d’efforts ». Il serait plus approprié de les voir comme des slogans d’un mouvement national vers une « société de 100 millions de personnes actives ».
Mais la première des trois nouvelles flèches, à savoir l’objectif de porter le PIB nominal à 600 000 milliards de yens, a une toute autre signification. En effet, dans les « calculs relatifs à la politique économique et fiscale à moyen terme » du bureau du Cabinet, ce chiffre apparaît comme une condition, de la même manière qu’une croissance nominale de 3 %, pour rendre positif le solde primaire de l’État et des régions.
Le solde primaire désigne la situation budgétaire avant le paiement des intérêts pour l’encours des dettes. Si l’on pense que le taux d’intérêt repartira à la hausse une fois que l’objectif de ramener l’inflation à 2 % sera réalisé, et que la Banque du Japon aura cessé ses rachats importants de bons du Trésor, c’est un obstacle qu’il faut rapidement franchir. Mais selon les mêmes calculs, même si une croissance nominale de 3 % se réalisait, le solde primaire conserverait un déficit de 6 200 milliards de yens dans l’exercice budgétaire 2020.
Dans ce cas, la première flèche constitue un objectif minimal à atteindre absolument. Enfin, les trois nouvelles flèches sont basées sur la perception qu’il ne sera pas possible de compter seulement sur l’assouplissement monétaire pour relancer l’économie japonaise. Afin de faire une réalité du PIB nominal de 600 000 milliards de yens, il ne faut pas oublier que le point le plus important est d’augmenter le potentiel de croissance latent de l’économe en faisant progresser l’« ancienne » troisième flèche, à savoir la stratégie de croissance.
(D’après un original en japonais du 24 novembre 2015. Photo de titre : le Premier ministre japonais Abe Shinzô présente les trois nouveaux piliers de sa politique lors de la conférence de presse après sa réélection au poste de président du Parti libéral-démocrate, à Tokyo, le 24 septembre 2015. Jiji Press)
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