Le mécontentement qui a porté Trump au pouvoir
« De l’autre côté de la frontière avec le Mexique, la Chine construit des usines modernes à tour de bras, et les produits chinois envahissent les États-Unis en échappant aux barrières tarifaires. Voilà comment nos ouvriers perdent leur emploi. » Avec ces mots, M. Trump a ravivé la colère des Américains contre les entreprises qui délocalisent hors des États-Unis dans le cadre de l’accord de libre-échange nord-américain (NAFTA), mettant de nombreux travailleurs au chômage.
C’est la classe ouvrière blanche, ceux qu’on appelle les « poor white », qui ont fait de Donald Trump, magnat de l’immobilier, le candidat républicain à l’élection présidentielle. Beaucoup d’entre eux n’ont pas fait d’études supérieures. Ils ont vu en lui l’espoir d’un changement. C’est grâce à leur vote que M. Trump est devenu le 45e président des États-Unis, déjouant tous les sondages.
Dans les États clés du scrutin, comme l’Ohio fortement industrialisé ou le Michigan qui était autrefois le poumon de l’industrie automobile, les ouvriers blancs ont massivement soutenu sa candidature. Les anciens fiefs démocrates se sont effondrés. Espérons que le président Trump, qui s’installera à la Maison Blanche le 20 janvier, s’attachera à construire une solide classe moyenne. Les réductions d’impôts pour les plus riches ne peuvent suffire à redynamiser l’économie. S’il ne parvient pas à s’assurer le soutien de la classe moyenne, M. Trump n’effectuera qu’un seul mandat à la tête du pays. Une solide politique économique ne profitera pas seulement aux États-Unis, elle est également indispensable à l’équilibre de la communauté internationale.
Mais pourquoi la candidate démocrate Hillary Clinton, malgré une notoriété, des ressources financières et une organisation plus importantes, ainsi qu’une solide expérience politique, a-t-elle été aussi facilement vaincue par l’homme d’affaires, alors que son élection semblait acquise ?
La campagne électorale, sur la fin, laissait entrevoir un retournement de situation ; je n’ai cessé d’alerter sur ce point dans les médias, au vu du déroulement de la campagne. La base électorale de Mme Clinton, trop fragile, était déstabilisée par la moindre attaque du camp républicain.
Le directeur du FBI, James Comey, a annoncé vers la fin de la campagne que l’enquête sur les mails de Mme Clinton, lorsqu’elle était secrétaire d’État, n’était pas terminée. Pour les médias, cette annonce a porté un coup à la campagne de la candidate, et le camp républicain s’est engouffré dans la brèche. Mais ce n’est pas vrai. Dans une campagne électorale, tous les coups sont permis. Ce n’était pas un simple soupçon qui pouvait changer la donne dans les États acquis aux Démocrates.
Dans les derniers jours de la campagne, l’Ohio, la Floride, la Caroline du Nord et la Pennsylvanie ont été les principaux théâtres de l’affrontement entre les deux candidats. Deux États de Nouvelle-Angleterre qui semblaient acquis à Mme Clinton, le New Hampshire et le Maine, ont aussi sombré dans l’incertitude. Le dépouillement des votes a montré que la grande majorité de ces États indécis étaient tombés entre les mains de M. Trump.
Hillary Clinton, qui avait déjà échoué à obtenir l’investiture du Parti démocrate face à Barack Obama en 2008, est une femme politique à qui les élections ne réussissent pas. Je le pense depuis que j’ai eu l’occasion de la suivre de près à Washington, autrefois ; le retour sur le devant de la scène de l’affaire des mails en est un bon exemple. Mais ce n’est que l’une des causes de sa défaite. La désaffection de l’électorat envers le Parti démocrate et les personnalités politiques en place a pesé beaucoup plus lourd. Barack Obama, jeune président issu d’une minorité, semblait apte à changer les choses – mais les électeurs ont compris que ce n’était qu’une illusion. La défaite des Démocrates est la réponse des Américains à ce rêve envolé.
Certains signes avant-coureurs ne trompaient pas. Mme Clinton a eu fort à faire pour décrocher l’investiture démocrate. Les jeunes qui manquent des ressources nécessaires pour intégrer une université publique lui préféraient Bernie Sanders, le candidat de l’aile gauche du parti. Mme Clinton a multiplié les appels en leur direction, mais sans jamais parvenir à réellement les toucher. Elle a certainement constaté au plus près, au fil d’une campagne électorale qui aura duré un an, à quel point le mécontentement sous-tendait la société américaine du XXIe siècle.
Mme Clinton a invité les électeurs à briser le « plafond de verre » pesant sur les carrières des femmes, à porter une femme à la présidence, pour la première fois. J’ai conscience des difficultés rencontrées par les femmes dans leur vie professionnelle, même aux États-Unis ; mais on peut se demander si cette stratégie n’était pas déjà dépassée. Peut-être Mme Clinton, habituée de longue date des arcanes du pouvoir, appartient-elle déjà au passé.
Pour un Japon leader en Asie de l’Est
Revenons-en à la future présidence de Donald Trump. Son mandat sera-t-il une chance pour le Japon, ou annonce-t-il au contraire des temps difficiles ? Les médias japonais débordent de prévisions à ce sujet. Mais cette attitude passive qui consiste à s’en remettre à la météo de demain est préjudiciable à la solidité de l’alliance nippo-américaine. Le Japon est la troisième économie mondiale, le premier partenaire des États-Unis en Asie de l’Est. Il doit donc faire preuve de leadership dans cette région, se porter garant de l’ordre international sur place. Si le Japon affirme sa place de leader en Asie de l’Est, le gouvernement Trump n’aura d’autre choix que d’aligner sa politique diplomatique dans la région, en s’appuyant sur l’alliance nippo-américaine.
(Photo de titre : discours de victoire de Donald Trump après le scrutin présidentiel, le 9 novembre 2016 à New York. AP/Aflo)