Hostilité à l’égard des minorités
À la lecture du grand nombre de commentaires publiés sur Twitter, Facebook et d’autres réseaux sociaux, on relève de l’animosité envers les minorités sociales ou un certain groupe de personnes. Loin de s’inquiéter de leurs difficultés, beaucoup de gens expriment du mécontentement envers eux, considérant qu’ils profitent de leur situation pour obtenir des droits et des compensations supplémentaires.
Ces critiques s’adressent à des groupes et sujets très divers : les bénéficiaires de l’aide sociale, les poussettes dans les transports en commun, la législation sur les mineurs considérée trop laxiste, les droits de la communauté LGBT et des personnes handicapées ou encore les questions historiques et territoriales liées à Okinawa, la Chine et la Corée du Sud. Ces commentaires critiques et intolérants ne sont pas un cas isolé ; ils sont le reflet de comportements sociaux qui continuent de se propager non seulement au Japon mais également dans d’autres pays développés.
On peut qualifier de tels comportements de « politique anti-minorité ». C’est l’apanage des membres d’une non-minorité qui, tout en faisant partie de la majorité, estiment qu’ils ne bénéficient pas suffisamment d’avantages. Ils méprisent avec véhémence les opinions politiques progressistes qui soutiennent les minorités, et demandent un « traitement équitable ». En d’autres termes, plus d’avantages afin de compenser ceux des minorités, qu’ils considèrent beaucoup trop nombreux. Cette manière de penser est très présente sur les sites Internet où l’opinion en ligne japonaise se forme.
Nous effectuons actuellement des recherches en utilisant la méthode de la psychologie sociale basée sur la théorie des fondements moraux (moral foundations theory), pour observer les mouvements sociaux qui existent derrière la politique anti-minorité. Un de nos sondages sur l’utilisation d’Internet comprenait des questions visant à déterminer les sensibilités politiques des participants. Les résultats indiquent que 68 % des sondés pouvaient être classés comme conservateurs, 24 % progressistes et 9 % libertariens. La proportion de progressistes diminuait considérablement chez les participants âgés de 20 à 39 ans.
Le tableau ci-dessous montre qu’au moins 60 % des conservateurs et des libéraux estiment qu’il est nécessaire de continuer à réfléchir sur les actions du Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Mais il faut aussi souligner qu’environ 80 % des deux groupes pensent qu’il n’est pas nécessaire que les générations futures continuent à s’excuser et que les demandes continuelles d’excuses d’autres pays sont exagérées.
Avis sur la Seconde Guerre mondiale selon la sensibilité politique
| Conservateur | Progressiste | Libertarien | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Il faut continuer à réfléchir sur les actions du Japon durant la Seconde Guerre mondiale. | 60,8 % | 70,2 % | 43,0 % | 61,4 % |
| Les générations futures (troisième et quatrième) n’ont pas à s’excuser pour les actions du Japon durant la Seconde Guerre mondiale. | 78,4 % | 78,3 % | 60,0 % | 76,7 % |
| Les pays demandant au Japon de continuer à s’excuser indéfiniment pour ses actions durant la Seconde Guerre mondiale vont trop loin. | 81,3 % | 81,4 % | 61,0 % | 79,5 % |
Les résultats incluent les répondants s’étant déclarés « fortement d’accord», « d’accord » et « plutôt d’accord » avec ces déclarations. Les sensibilités politiques ont été établies selon la théorie des fondements moraux.
L’animosité à l’égard de la Chine et de la Corée du Sud exprimée en ligne trouve son origine dans la forte opposition aux demandes continues d’excuses d’autres pays pour les actions du Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Les résultats du sondage confirment cette observation. En poursuivant cette analyse, on peut constater que l’opinion en ligne reflète la société dans son ensemble et pas uniquement les avis extrêmes d’un petit groupe. L’observation attentive de l’opinion en ligne offre une excellente occasion de repenser la société.(D’après un article original en japonais du 5 juillet 2017. Image de titre : Aflo)