Une solution exemplaire adoptée par Taïwan
À titre de comparaison, je voudrais évoquer la façon dont les choses se déroulent dans d’autres pays. À Taïwan, il existe une tradition de longue date d’entraide mutuelle dans les familles et les groupes religieux. Mais le pays est affecté comme le Japon par des mutations d’ordre démographique. Il doit faire face à de nouveaux problèmes sociaux notamment la difficulté des familles à prendre en charge leurs parents et l’isolement de plus en plus grand des personnes âgées. Depuis quelques années, les municipalités de grandes villes de l’île, entre autres Taipei, Xinpei, Taizhong et Kaohsiung, ont organisé des funérailles communes pour plusieurs défunts avec des cérémonies simplifiées, de façon à limiter les démarches et les dépenses des familles concernées.
À Taipei, la capitale de l’île, ce système est financé par des dons provenant des habitants de la ville et il couvre les coûts du transport, du cercueil, des cérémonies, des services funéraires et de la crémation. Quand il a été mis en place, en 2012, les funérailles communes se sont limitées à une fois par semaine pour un nombre total de 832 défunts. Mais en 2017, elles ont eu lieu trois fois par semaine et elles ont concerné 1 594 personnes.
Les habitants de Taïwan ont aussi la possibilité d’avoir une tombe gratuite. Chaque municipalité propose des solutions compatibles avec le respect de l’environnement. À Taipei, par exemple, on peut planter un arbre en lieu et place d’une pierre tombale et disperser les cendres d’une personne décédée dans un jardin ou dans la mer, sans avoir à débourser quoi que ce soit. Toutefois en ce qui concerne la dispersion en mer, les autorités municipales ont confié cette tâche à un bateau appartenant à la ville qui a fait neuf sorties entre les mois de mars et de novembre 2017.
Et une autre par la Suède
La Suède a quant à elle instauré une taxe appelée begravningsavgift (littéralement « taxe funéraire ») pour financer les services et les dépenses en relations avec les funérailles. Les Suédois ne font pas d’économies en vue de leurs obsèques, mais ils cotisent pour une prestation accessible à tous les citoyens.
À Stockholm, la capitale, le begravningsavgift est prélevé directement sur les salaires des habitants, mais dans d’autres villes, les fidèles de l’église évangélique luthérienne de Suède incluent la taxe dans les sommes qu’ils versent chaque mois à cette institution. Le montant varie en fonction de la municipalité et de la taille de l’église. L’argent ainsi versé couvre les frais liés aux obsèques et à la concession d’une tombe pour une durée de 25 ans. Le begravningsavgift est également déduit des salaires des catholiques, des musulmans, des athées et de tous ceux qui ne font pas partie de l’Église de Suède.
Au Japon, le nombre des individus qui meurent sans avoir personne pour s’occuper de leurs funérailles et de leurs restes ne cesse de croître. Dans un monde où les structures sociales sont en pleine mutation, il va de soi que le traitement réservé aux défunts doit lui aussi évoluer. Aujourd’hui, c’est un problème qui relève non seulement de la vie privée mais aussi de la société toute entière.
(D’après un texte en japonais du 22 février 2018. Photo de titre : une tombe miniature en carton à usage domestique conçue pour les Japonais qui souhaitent conserver les cendres des défunts chez eux. Prise en 2015 par la rédaction de nippon.com à l’exposition Endex [Life Ending Industry Expo] organisée au Tokyo Big Sight)