La pénurie d’emplois permanents
Parallèlement à cela, la situation de l’emploi s’est détériorée dans les universités. Il y a de moins en moins de postes permanents et de plus en plus de contrats à durée déterminée. Les statistiques du Bureau du Cabinet nous apprennent que le pourcentage des chercheurs de moins de 40 ans occupant un poste permanent est passé de 23,4 % à 15,1 % entre les années universitaires 2007 et 2016. Et le déclin a été encore plus prononcé chez les moins de 35 ans, qui ont vu leur pourcentage de postes permanents tomber de 8,5 % à 4,5 %, ce qui représente une baisse de pratiquement la moitié. Dans le même temps, le pourcentage de la tranche des moins de 40 ans occupant des postes de chargé de cours à durée déterminée est grimpé de 39 % à 64 %.
Compte tenu des contraintes qui pèsent sur les crédits budgétaires affectés aux universités publiques, ne nous attendons pas à voir augmenter le nombre des postes permanents qu’elles ont à offrir. Ceci étant, la seule façon d’élever la part occupée par les jeunes dans le personnel enseignant consiste à réduire l’effectif des personnes plus âgées occupant des postes fixes. Mais pratiquement aucune université publique n’est dotée d’un dispositif permettant de mettre en œuvre une politique de ce genre. Si bien que la situation semble vouée à rester en l’état ou à empirer progressivement.
Jadis, les titulaires d’un doctorat pouvaient normalement espérer obtenir un emploi postdoctoral à durée déterminée et accéder ensuite à un poste permanent. Mais les perspectives de bénéficier d’un tel plan de carrière se sont amenuisées. Et comme les jeunes étudiants sont à même de constater à quel point l’accès à un poste permanent est devenu difficile pour les titulaires d’une thèse, il est tout naturel qu’ils hésitent à s’engager dans un doctorat.
Proposer un contrat de travail de sept ans
La durée de la période d’emploi pour les chercheurs non titularisés est variable, mais elle dépasse rarement cinq ans, en partie à cause de la limitation des délais accordés pour mener un projet à terme. Une durée de cinq ans peut sembler suffisante, mais plus la recherche scientifique devient pointue, plus le temps requis pour venir au bout d’un projet a tendance à s’allonger. Dans mon domaine, les sciences de la vie, il est tout à fait commun qu’il faille quatre ou cinq ans pour parvenir à un niveau raisonnable de résultats dans une étude donnée. Et comme les titulaires d’un doctorat doivent se mettre en quête d’un nouveau poste dès que la fin de leur période d’emploi se profile à l’horizon, il est inévitable que leur concentration se relâche au cours de leur dernière année et qu’ils ne soient plus en mesure de dédier toute leur attention à leur travail de recherche. Si la durée du contrat était portée à au moins sept ans, les chercheurs devraient être à même de se concentrer pleinement sur l’achèvement de leurs projets. Toutes les études, cela va sans dire, ne produiront pas des résultats satisfaisants. Mais les gens qui auront disposé de sept années pour conduire une recherche après l’obtention de leur doctorat auront alors atteint le milieu de la trentaine. Si, arrivés à cet âge, ils n’ont toujours pas obtenu un minimum de réussite dans leur recherche, il est probablement temps pour eux de passer à autre chose.
Il faudra certes prévoir un filet de sécurité pour les titulaires d’un doctorat qui ne parviennent pas à s’imposer comme chercheurs scientifiques, mais la question qui se pose est celle du niveau de sécurité qu’il convient de fournir à ces universitaires. Dans d’autres secteurs, comme la musique ou le sport, nombre de jeunes gens pleins d’espoirs restent sur le bord du chemin. En ce qui concerne les programmes réservés aux doctorants, en revanche, la pénurie de candidatures aux postes à pourvoir fait, comme je l’ai dit plus haut, qu’il est assez facile d’y accéder. Faut-il que la recherche scientifique soit considérée comme un domaine à part méritant la mise en place d’un solide filet de sécurité pour ceux qui échouent dans leurs ambitions de carrière ? Je doute quant à moi qu’on puisse obtenir un consensus au sein de la population en faveur du recours aux recettes fiscales à cette fin.