Vers une réforme responsable
Le Japon s’est lancé dans les travaux d’ingénierie politique dès les années 1990 – en ouvrant des chantiers tels que la réforme électorale et la décentralisation – avec des résultats mitigés. À en croire certains, l’abus du « bricolage » serait responsable de la dégradation de la vie politique observée au Japon depuis une vingtaine d’années.
La dure leçon qu’il faut bien tirer de cette période est que, plutôt que de renforcer la cohérence et le bon fonctionnement du système politique, les mesures au coup par coup risquent de leur être néfastes. Les règles électorales ont été modifiées pour la Chambre des représentants, mais pas pour la Chambre des conseillers ou pour les scrutins locaux, ce qui a empêché la formation d’une opposition stable. La décentralisation a eu lieu, mais avec un transfert inadéquat des ressources budgétaires, ce qui a aggravé l’inégalité entre les régions. Le rôle du Premier ministre et de son gouvernement a été renforcé, mais le pouvoir de la chambre haute est resté intouché, ce qui a conduit au blocage du processus législatif. Ces déboires s’expliquent en partie par une compréhension inadéquate de la façon dont toutes ces institutions fonctionnent de concert et par l’absence de volonté politique de procéder à un changement global.
En ce qui concerne la réforme des assemblées locales, il n’existe pas de solution miracle. Mais la focalisation étroite sur la nécessité d’avoir assez de candidats pour pourvoir tous les sièges ou de parvenir à la diversité en élargissant de façon inconsidérée les assemblées passe à côté de problèmes structurels plus déterminants. Le déséquilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif doit être corrigé. Les règles électorales actuelles qui entravent tant la coordination que la compétition politiques doivent être remaniées. Les communautés à court d’argent auront besoin de ressources budgétaires adéquates pour s’acquitter de leur surcroît de responsabilités. Et le gouvernement central doit réaliser qu’en attisant la rivalité des collectivités locales dans la compétition interrégionale, il risque de générer davantage de perdants que de gagnants, et d’affaiblir ainsi le Japon dans son ensemble.
Au bout du compte, laisser, comme le prônent les propositions actuelles, les collectivités faire leur choix dans une liste d’options de réforme peut certes sembler démocratique. Mais cela peut aussi déboucher sur un salmigondis de règles incompatibles appliquées à des vitesses variées selon les régions du Japon, avec l’incohérence systémique qui en résulterait. Quel que soit le chemin emprunté, le public doit être mieux informé, et convaincu, de la nécessité des changements globaux à mettre en chantier.
(D’après un original en anglais. Photo de titre : des représentants du village d’Ôkawa, dans la préfecture de Kôichi, rencontrent les autorités préfectorales le 1er décembre 2017 pour débattre des diverses options envisageables en matière de gouvernement local. Jiji Press)