Un monde où les principes draconiens sont considérés positivement
Le monde du sport japonais est régi par une structure de pouvoir particulière. La sélection des athlètes qui représentent le pays dans leur sport revient aux fédérations nationales. De plus, outre la relation de domination qu’exercent les entraîneurs sur les sportifs, il existe entre les athlètes une hiérarchie selon laquelle les plus jeunes respectent les plus âgés. Parallèlement à cela, le sport au Japon est rigidement gouverné par la recherche de la victoire à tout prix, et cela conduit parfois à des exigences déraisonnables.
Dans les organisations sportives japonaises, la cohésion sociale, c’est-à-dire le degré de motivation pour faire partie d’un groupe, se renforce au fur et à mesure que les athlètes s’investissent dans leur sport. La tendance au collectivisme devient alors de plus en plus importante, et les avis des minorités qui ne se conforment pas à la ligne choisie sont rejetés. Comme les cadres dirigeants des fédérations sont souvent choisis non pas en fonction de leur capacité à diriger, mais de leur renommée et des performances réalisées quand ils étaient en activité, cela aboutit à une gouvernance de mauvaise qualité.
L’opinion publique ne remet pas en question la nature particulière du monde du sport, qu’il considère comme inhérente à celui-ci. Peut-être peut-on affirmer qu’il s’agit de l’héritage des Jeux olympiques de 1964. Dix-neuf ans après la fin de la guerre, ce grand événement a montré au reste du monde la renaissance du Japon déchu par la capitulation, et les victoires des athlètes japonais sur ceux des pays vainqueurs ont permis à l’Archipel de recouvrer sa fierté. Les méthodes rigoureuses d’entraîneurs tyranniques, puisqu’elles ont permis d’obtenir des médailles, se sont ainsi infiltrées dans la société en tant que « modèle » à suivre.
L’organisation des Jeux olympiques de 2020 laisse cependant entrevoir un certain changement. Les médias ont exposé la réalité de cette gestion à l’ancienne du monde sportif, en se mettant à la critiquer. Cependant, cette question n’est évoquée uniquement au moment où un scandale apparaît. Ils se bornent malheureusement à critiquer des cas spécifiques ou à attaquer les personnes mises en question, sans l’aborder comme un problème structurel du monde du sport.