Les fédérations amateurs comparables aux PME

Les fédérations de sport amateur fonctionnent presque toutes comme de très petites entreprises. Une enquête menée en 2016 par la Fondation Sasakawa pour le sport révèle que 47 des fédérations amateures sur les 62 existantes, c’est-à-dire les trois quarts, comptent moins de dix employés permanents. Et 11 d’entre elles n’en ont aucun.

Sur le plan financier, le budget médian annuel des fédérations était de 353 millions de yens, et 14 fédérations formaient le groupe le plus nombreux en se retrouvant sous la barre des 100 millions de yens par an. Difficile alors d’affirmer que leurs capacités organisationnelles sont suffisantes, lorsque l’on sait qu’elles sont responsables non seulement de l’organisation des compétitions au Japon mais aussi de l’envoi de leurs athlètes aux événement internationaux. Au vu de cette réalité, il paraît presque impossible d’attendre d’elles une réaction pertinente pour éradiquer et prévenir ces scandales.

Les fédérations qui reposent, comme nous venons de le voir, sur des fondements très affaiblis, sont très prises par la préparation des Jeux de 2020. Elles n’ont pas le temps de réfléchir à ces problèmes structurels et particuliers du monde du sport japonais, et encore moins de les confronter.

Mais il faut agir malgré tout, car même si les Jeux de 2020 se déroulent bien pour le Japon, il n’est pas impossible que le sport japonais entre ensuite dans une période de déclin. Il serait triste que le seul héritage de la tenue à Tokyo de deux Jeux olympiques se limite à des installations sportives et de nouvelles infrastructures. Il faut se saisir de cette occasion pour améliorer la gouvernance de l’ensemble des organisations sportives afin d’assurer la suite.

Des évaluations externes pour une meilleure gestion

Une des mesures possibles pour améliorer cette gouvernance pourrait être la création d’organismes d’évaluation et de certification externes et indépendants. Il serait vain d’attendre du monde du sport qu’il effectue spontanément un processus « d’auto-purification ». D’autres secteurs disposent déjà de systèmes qui effectuent de manière efficace l’évaluation et la surveillance de leurs activités, comme la Commission de régulation de la concurrence, ou encore les organismes externes d’évaluation des universités. De tels systèmes sont la norme dans la société actuelle, et il faut considérer leur absence dans le domaine sportif comme un retard à combler.

L’Agence des sports a lancé pendant l’exercice 2017 une enquête en vue de renforcer la conformité dans le monde du sport, et s’est attelée à l’élaboration de normes unifiées pour la gestion des fédérations. Mais les opinions seront sans doute partagées sur la nécessité de faire d’une telle instance d’évaluation un organisme administratif.

Une autre méthode serait de créer un système basé sur les activités de médiation citoyenne. Au Canada par exemple, un joueur de hockey sur glace qui avait subi des violences sexuelles de la part de son entraîneur a mis au point une formation destinée à éliminer tout forme de drame de ce genre dans le monde du sport.  Au final, cette formation est devenue obligatoire pour tous les entraîneurs de la ligue canadienne de hockey.

Si de telles initiatives citoyennes devaient se développer à l’occasion des Jeux olympiques de 2020, nul doute que le monde sportif, mais aussi la société tout entière, en sortirait gagnant.

(Article écrit à l’origine en japonais. Photo de titre : Yamane Akira, alors président de la Fédération japonaise de boxe amateur, reconnaît devant les médias ses liens avec un membre de la pègre japonaise, le 7 août 2018. Jiji Press)