Des décharges illégales et des refuges pour animaux nuisibles
Des recherches sont en cours sur les conséquences du retour des forêts de bambous à l’état sauvage. Le premier problème est la perte de diversité en conséquence de l’arrivée des bambous qui poussent à plus de 10 mètres en quelques mois, en accaparant la lumière, ce qui tue la végétation moins haute. D’une perspective strictement humaine, le désordre créé par les bambous flétris et tombés n’est pas beau à voir, et ces lieux peuvent devenir des décharges illégales pour des produits industriels dangereux. Abandonnées par l’homme, les forêts de bambous peuvent aussi devenir des refuges pour des chevreuils et sangliers, considérés comme des nuisances.
Face à cette situation, le gouvernement a rajouté les môsôchiku et d’autres variétés de bambou à sa liste d’espèces exotiques soumises à une gestion industrielle, une catégorie qui comprend les variétés ayant une utilité industrielle ou publique, et qui demandent donc une gestion attentive. Même certains particuliers font malgré eux l’expérience de bambous qui envahissent leur propriété, ou qui tombent chez eux.
Envisager de nouvelles solutions pour éliminer le problème
La gestion des forêts de bambous à l’abandon est devenue un important sujet de débats à l’échelle locale, surtout dans l’ouest du Japon, et depuis plusieurs dizaines d’années, des OSBL, des municipalités, et certaines entreprises sont à la recherche de nouveaux débouchés qui pourraient rajouter une plus-value au bambou.
La gestion la plus basique d’une forêt de bambous est d’enlever les tiges tombées et desséchées afin de restaurer l’aspect de la bambouseraie. Bien sûr, l’utilisation principale reste la récolte des pousses takenoko comestibles, et des tiges pour l’artisanat. De nouvelles utilisations du bambou, en poudre ou en copeaux, pour l’agriculture et l’élevage, font de cette plante un matériau utile à l’échelle locale. Ces derniers temps, on remarque aussi de plus en plus une implication tournée vers des objectifs mondiaux de développement durable et de décarbonisation.
Un projet récent a attiré l’attention des médias : il s’agit d’une initiative pour une production strictement japonaise de menma, un condiment préparé à partir de pousses de bambou. Le menma est produit à partir de la fermentation de l’acide lactique sur des pousses de bambou d’environ deux mètres de hauteur. Jusque là, un gros pourcentage du menma consommé au Japon était importé. Un réseau national pour la production de menma a été mis en place et des conférences sont organisées régulièrement.
L’implication des communautés locales envers la gestion des forêts de bambous abandonnée prend aussi de l’ampleur. Des montages créatifs employant des bambous sont mis en place par des artistes locaux.
Par ailleurs, de plus en plus d’associations liées au bambou ont été créées à l’échelle nationale. On peut citer Take Innovation Kenkyûkai (Groupe d’étude pour l’innovation du bambou), Chikurin Keikan Network (Réseau des paysages de bambouseraie), et Take Labo (Laboratoire du bambou). Ces organismes travaillent avec les organisations nationales établies de longue date, telles Take Bunka Shinkô Kyôkai (Association pour la promotion de la culture du bambou) et Zenkoku Take Sangyô Rengôkai (Association japonaise du bambou) pour trouver des solutions aux problèmes en fusionnant les connaissances traditionnelles et les nouvelles idées.
Un trésor ou un fardeau ?
Les forêts de bambous du Japon forment un patrimoine, un héritage du passé, et chaque région, tout en tâtonnant, doit trancher sur leur avenir. Sont-elles un héritage gênant dont il faudra se débarrasser, ou un véritable trésor qu’il faudra s’appliquer à gérer correctement? Pour prendre les bonnes décisions et continuer à bien les cultiver et bien s’en servir, il faut commencer par comprendre la plante elle-même, et bien saisir ses utilisations possibles
L’année 2022 est l’année du tigre. Au Japon, comme en Chine, cet animal est étroitement lié au bambou, et ils sont souvent représentés ensemble en peinture et sur les cartes de vœux. C’est peut être donc le moment propice pour une meilleure prise de conscience au sujet des forêts de bambous abandonnées, ce qui pourrait amener les gens à réfléchir de plus près aux utilisations des bambous autour d’eux.
(Photo de titre : une forêt de bambous abandonnée [à gauche] et une autre correctement gérée, dans la préfecture de Kyoto. Toutes les photos sont de l’auteur de l’article.)

