Des pandas pour faire pression ?

Avec l’intensification des frictions entre les États-Unis et la Chine, certains commentateurs japonais avancent que Pékin utiliserait les pandas pour influencer les décisions du Japon en matière économique et sécuritaire. Mais les faits ne confirment pas cette hypothèse : en 2024, la Chine a envoyé des pandas à deux grands zoos américains (Washington et San Diego). Pour Pékin, les pandas restent un outil de diplomatie publique, destiné à renforcer son image et à gagner l’amitié des populations locales. C’est pourquoi la Chine envisageait déjà l’envoi de pandas dans des zoos américains privés dans les années 1950, au plus fort de la Guerre froide.

Si Pékin espérait toutefois vraiment utiliser les pandas de Wakayama pour influencer la politique japonaise, elle a dû être déçue.

En avril 2025, le gouvernement japonais a désigné l’aéroport de Nanki-Shirahama (à deux pas d’Adventure World) comme « aéroport à usage spécifique », ouvert à l’entraînement des Forces d’autodéfense tout en restant civil. L’éventualité d’un usage conjoint par l’armée américaine avait été évoquée, mais le sujet n’a quasiment pas pesé sur l’élection du gouverneur de Wakayama, le 1er juin. Le fait est que la politique japonaise n’est pas dictée par les pandas, et les Chinois en sont parfaitement conscients.

Au cours de la dernière décennie, le Parti communiste a resserré son contrôle sur chaque aspect de la société chinoise au nom de la sécurité nationale. Dans ces circonstances, si les autorités locales responsables des prêts de pandas à l’étranger (ici, la base de recherche sur l’élevage des pandas géants de Chengdu et le gouvernement municipal de cette même région) avaient accordé une attention particulière à la préfecture de Wakayama à un tel moment, elles auraient pu être soupçonnées de cautionner la coopération militaire entre le Japon et les États-Unis.

Il est raisonnable de spéculer que ces autorités ont jugé opportun de retirer les quatre pandas dès l’expiration du bail afin de minimiser le potentiel de controverse. Comme noté ci-dessus, il est devenu de plus en plus courant de rapatrier tous les pandas prêtés à une installation donnée à la fin du bail, souvent en les remplaçant plus tard. Cela peut indiquer que les personnes impliquées dans l’échange de pandas au niveau opérationnel font aujourd’hui preuve de moins de discrétion qu’auparavant.

Des raisons d’espérer

Comme mentionné plus tôt, les pandas d’Ueno doivent partir pour la Chine l’an prochain, ce qui laisserait potentiellement le Japon sans pandas. Pourtant, il y a des raisons d’espérer que la Chine enverra de nouveaux animaux dans un avenir relativement proche.

Tout d’abord, les pandas comptent tellement pour le peuple japonais que priver la nation de la présence ne serait-ce que d’un ou deux d’entre eux serait sans aucun doute considéré comme un acte malveillant de la part de la Chine. Les zoos japonais hébergent des pandas géants depuis plus de 50 ans, et plusieurs générations de Japonais partagent de précieux souvenirs de visites et d’observations de ces créatures. La Chine ne voudrait sûrement pas endommager l’image du panda en tant qu’ambassadeur de l’amitié.

Ensuite, les parlementaires japonais pro-Chine ont fait pression de manière persistante sur Pékin afin d’obtenir d’autres prêts de pandas, et leur réputation serait entachée si ces efforts n’aboutissaient à rien. Ce ne serait pas dans l’intérêt de Pékin si ces politiciens favorables à la Chine perdaient leur crédibilité ou leur motivation à travailler pour un rapprochement. Mon intuition est que les Chinois cherchent simplement l’occasion idéale d’envoyer la prochaine génération de pandas au Japon.

S’adapter à une nouvelle ère

Pendant ce temps, en tant que pays hôte, le Japon doit être prudent quant à la façon dont il aborde le sujet. La couverture médiatique du rapatriement des pandas de Wakayama a eu tendance à mettre en avant l’impact sur l’économie locale. Un tel discours pourrait facilement créer l’impression que le désir du Japon d’obtenir plus de pandas est motivé principalement par l’intérêt économique. L’exploitation des pandas à des fins lucratives va à l’encontre de la position officielle de la Chine sur l’objet des prêts (la conservation) et ne plairait pas aux amateurs du monde entier.

Au cours des dernières décennies, le pays a mis un point d’honneur à mettre en valeur sa recherche scientifique sur les pandas géants et ses efforts pour réintroduire les animaux dans la nature, tout en s’efforçant de tenir la politique et l’économie à l’écart. En revanche, la politique et l’économie en sont venues à dominer le débat public du Japon. Cet accent anachronique pourrait nuire à la capacité du Japon à engager un dialogue productif avec la Chine et le reste de la communauté internationale. Les gouvernements locaux qui espèrent accueillir des pandas ont déjà pris note de ce problème et font ce qu’ils peuvent dans l’objectif de recentrer le débat.

L’utilisation des pandas par les Chinois en tant qu’« ambassadeurs » a toujours été basée sur des offres courtoises et non sollicitées de prêter ces animaux, qui ont été acceptées avec gratitude par les pays bénéficiaires. À la lumière de l’histoire, il semble ridicule de commencer à accuser le gouvernement chinois d’utiliser les pandas à des fins politiques ou économiques. Si d’autres pays ne sont pas satisfaits de la situation, ils peuvent toujours refuser les prêts.

Pendant de nombreuses années, les pandas géants ont été déplacés au gré des humains pour des raisons ayant peu à voir avec le bien-être des animaux ou la conservation de l’espèce. De nos jours, la Chine subit une nouvelle pression : celle de démontrer que sa priorité absolue est de protéger les pandas afin de pouvoir les laisser vivre dans la nature. C’est une évolution à saluer. De même, la principale préoccupation du Japon devrait être de transmettre les connaissances acquises au cours de décennies de soins et d’études, et de réfléchir à la meilleure façon de les appliquer à la conservation des pandas.

(Photo de titre : le panda géant Liangbin, durant son dernier jour d’exposition publique à Adventure World, le 27 juin 2025, avant son rapatriement en Chine. Jiji)