2) Créer des sections dans chaque circonscription
Le Sanseitô a encore une autre caractéristique. Dans chaque circonscription, il dispose d’un réseau très dense de sections. En août 2025, il comptait 287 sections locales dans tout le Japon. Le parti est donc enraciné dans presque toutes les 289 circonscriptions de la Chambre basse.
La plupart des autres partis émergents n’ont pu établir de sections qu’au niveau préfectoral, et encore pas de manière aussi efficace. Dans le cas du Sanseitô, ce nombre exceptionnellement élevé de sections, qui correspond aux divisions en circonscriptions, a pour vocation de servir les visées nationales du parti.
Après-guerre, le Japon se caractérisait par un système de circonscriptions de taille moyenne, ce qui faisait que des candidats issus d’un même parti se présentaient souvent au même scrutin et les luttes de factions au sein du PLD se sont accrues. Les rivalités entre factions ont fini par l’emporter sur une réelle concurrence politique entre partis. C’est là l’origine de ce qu’on appelle au Japon la « politique des factions » (habatsu-seiji).
Les inconvénients de ce système ont suscité de vifs débats et, dans les années 1980, on a vu se développer un mouvement prônant l’abolition des circonscriptions de taille moyennes et demandant l’instauration d’un système de circonscriptions uninominales, pour qu’à l’instar des élections législatives américaines et britanniques seul le candidat arrivé en tête soit élu.
En 1993, le cabinet de coalition non-PLD placé sous la houlette de Hosokawa Morihiro propose de réviser la loi sur les élections publiques, cette proposition de loi émanait d’Ozawa Ichirô, alors secrétaire général du Shinseitô (parti qui faisait partie de la coalition au pouvoir). Adoptée en 1994, cette nouvelle loi est entrée en vigueur en 1996 pour les élections à la Chambre basse. C’est ainsi qu’a été lancé le système mixte de circonscriptions uninominales à la proportionnelle, toujours en vigueur aujourd’hui.
Après la guerre, seuls deux partis occupent le devant de la scène politique japonaise : le Parti libéral-démocrate, implanté dans les zones rurales, et le Parti socialiste, implanté principalement dans les grandes villes (système de 1955). Même avec l’introduction du système de circonscriptions uninominales, le PLD continue de dominer au Parlement grâce à un découpage électoral favorisant les zones rurales. Mais cette distorsion étant jugée anticonstitutionnelle par la Cour suprême, de fréquentes réformes de la carte électorale ont émaillé la période, pour mieux refléter la répartition de l’électorat.
Mais l’incomparable prospérité économique qui prend fin vers 1992, cède la place à une période de récession et de faible croissance. Le secteur primaire étant en souffrance, le Japon connaît un fort exode et l’afflux de travailleurs vers la capitale entraîne notamment une refonte des circonscriptions de la métropole de Tokyo.
Va-t-il étendre son ascension au niveau national ?
Vu que les classes moyennes vivant dans les grandes zones urbaines et périurbaines constituent le gros des soutiens au Sanseitô, plus le nombre de petites circonscriptions urbaines augmente, plus la situation électorale lui est favorable. Or on a vu que contrairement aux autres nouveaux partis, le Sanseitô s’était enraciné dans presque toutes les circonscriptions (nationales et non préfectorales comme souligné plus haut).
Même en cas d’échec dans une circonscription, le système électoral de la Chambre basse fonctionnant à la proportionnelle, il est possible de se présenter simultanément à deux scrutins et de récupérer les « votes perdus ». C’est ce qu’on appelle la « résurgence proportionnelle » (hirei fukkatsu tôsen). Si le Sanseitô a pris soin d’implanter des sections locales même dans les circonscriptions où il n’est pas en position de force, c’est qu’il prépare le terrain à ces résurgences proportionnelles. Ce parti devrait donc poursuivre sa percée aux prochaines élections législatives, surtout qu’une dissolution de l’Assemblée semble probable dans un proche avenir.
En plus des deux caractéristiques structurelles que nous venons de présenter, précisons que le Sanseitô comptait environ 45 000 membres et sympathisants en 2022 et qu’il en recense environ 68 000 en 2025. Cette base n’est pas si significative quand on pense aux 50 000 membres du Parti démocrate national, fondé en 2018 (estimations de 2025).
Pour comprendre la percée du Sanseitô, il vaut donc mieux prendre en compte la solidité structurelle de cette organisation politique (comme nous l’avons analysée ici), que de s’attarder au nombre de sympathisants.
(Lire aussi : « Les Japonais d’abord » : que vaut l’entrée fracassante du parti nationaliste Sanseitô ?)
(Photo de titre : des partisans du Sanseitô rassemblés devant la gare de Shimbashi à Tokyo au lendemain du scrutin à la Chambre des conseillers, photo prise le 21 juillet 2025. Kyôdô)