Un rêve réalisé à l’étranger

Pour sortir de cette impasse, Mme Abe décide alors de partir à l’étranger. Dans le cadre du système d’études à l’étranger de son entreprise, elle part étudier à l’Université d’ingénierie de Norvège. Dans un premier temps, dépassée par les cours dispensés en anglais, elle déprime et saute dans un avion qui la ramène au Japon. Mais à son arrivée à Narita, elle repense à tous ceux qui l’ont soutenue jusque-là, et repart immédiatement pour la Norvège, où elle reprend ses études. Après son master, elle fait un stage sur le chantier de construction du tunnel sous-marin le plus septentrional du monde, au Cap Nord ; ce sont ses premiers pas dans la construction de tunnels.

À son retour au Japon, ses études à l’étranger portent leurs fruits : spécialiste des tunnels et maintenant anglophone, Mme Abe est choisie pour assurer la gestion de la qualité des travaux de percement des tunnels sur la ligne ferroviaire à grande vitesse de Taïwan. Dix ans après son embauche, elle prend enfin pied dans le domaine qui est le sien, celui des tunnels.

« Chez Konoike, j’ai appris le travail à fond, et j’ai pu partir étudier et me former en Norvège ; l’entreprise a consenti d’importants efforts pour moi », rappelle Mme Abe, pleine de gratitude pour son ancien employeur. Mais, une fois le chantier de Taïwan achevé, il était difficile pour elle de travailler à des projets de tunnel au Japon.

Sans craindre la chaleur indienne, Mme Abe sillonne le chantier. (Photo : Fujita Shûhei)

En 2004, elle rejoint une société de conseil en construction. Après avoir participé au démantèlement d’armes chimiques abandonnées en Chine, à la construction du métro de Kiev en Ukraine ou encore à un projet d’urbanisme au Qatar, elle est envoyée en Inde, où elle travaille sur le chantier du métro de Delhi et de Bangalore. Ensuite, en 2014, elle est nommée PDG de la filiale indienne du groupe qui l’emploie, Oriental Consultants Global.

Voici le regard que porte Mme Abe sur son parcours : « Mon souhait n’était pas dès le départ de travailler à l’étranger. Si j’avais été un homme, je n’aurais sans doute pas eu la même carrière. Si j’avais pu travailler normalement dans une entreprise de construction, c’est sûrement ce que j’aurais fait. Mais comme c’était impossible, j’ai tenté de forger mon propre chemin et j’ai relevé les défis qui se présentaient ; voilà comment je suis arrivée à ce poste. »

Boom ferroviaire en Asie

Mme Abe porte aujourd’hui deux casquettes. L’une de gestionnaire, en tant que PDG d’une entreprise. L’autre d’ingénieur du génie civil, responsable de la gestion de l’avancement, la sécurité et la qualité des travaux. C’est en tant qu’ingénieur qu’elle gère actuellement la portion souterraine des travaux du métro d’Ahmedabad, dans l’ouest de l’Inde.

Les projets ferroviaires sont nombreux en Inde, mais aussi en Indonésie, aux Philippines ou encore au Vietnam, bref, dans tous les pays d’Asie qui connaissent une importante croissance. De ce fait, en tant que PDG et ingénieur, Mme Abe voyage beaucoup.

Lorsqu’il s’agit d’endosser le rôle de consultant pour un grand projet ferroviaire à l’étranger, le travail est immense. Le consultant agit en lieu et place de l’entreprise cliente sur de nombreux aspects, de la conception du projet - sur la base d’enquêtes pour tracer les lignes, choisir les gares et prévoir les flux de passagers - jusqu’à l’organisation des appels d’offres destinés aux entreprises de construction, en passant par la gestion et l’évaluation des travaux, sans oublier l’exploitation et la maintenance après l’achèvement des travaux. Face aux entreprises de construction, la société de conseil a autant de poids que l’entreprise cliente, dit-on.

Mme Abe préside une réunion avec son équipe à Bangalore. Les différences d’appréciation sur les horaires et la sécurité ont parfois posé des problèmes, surmontés grâce à une communication active (photo : Fujita Shûhei)