Le Japon, champion de la gestion de la sécurité
Lorsqu’il s’agit du premier chantier ferroviaire de l’entreprise cliente, la totalité des opérations est confiée au consultant. Le rôle de celui-ci est alors « de faire en sorte qu’au bout du compte, le client soit capable de travailler sans l’intervention du consultant ». Mais, dans les faits, les choses sont parfois différentes, comme le confie Mme Abe :
« Les pays en développement et les nations émergentes sont tous très intéressés par l’apprentissage de nouvelles technologies, mais ils ont tendance à accorder moins d’importance aux domaines plus abstraits comme la sécurité et la gestion de la qualité. Le Japon est numéro un mondial sur ces questions ; c’est là que nous pouvons faire montre de toute notre valeur. »
Ces dernières années, le gouvernement et les entreprises japonaises s’engagent activement dans les projets ferroviaires à l’étranger. Celui du train à grande vitesse en Indonésie, porté depuis plusieurs années par le Japon, a été doublé par une offre chinoise présentant les mêmes garanties de sécurité mais pour un prix moindre. En fin de compte, à l’automne 2015, le projet japonais, pourtant donné gagnant, a été défait par la Chine.
D’après Mme Abe, « à l’étranger, les ingénieurs japonais bénéficient d’un capital confiance important », mais elle souligne aussi certaines faiblesses : « Le Japon est fortement apprécié pour sa technologie, mais, sur le plan commercial, il pèche par rapport à ses rivaux comme la Chine et la Corée du Sud. La technologie et la qualité d’un côté, et les questions d’argent de l’autre, sont deux choses différentes. Il ne faut sous-estimer ni l’une ni l’autre, sous peine d’échouer. »
Un modèle pour les jeunes
En janvier 2015, Mme Abe est apparue dans une vidéo promotionnelle du gouvernement destinée à l’étranger, qui a été diffusée dans le monde entier par CNN et la BBC. Elle est en effet le personnage idéal pour incarner certains des axes stratégiques mis en avant par le gouvernement Abe, à savoir l’exportation des infrastructures et l’activité des femmes. Au mois de mai, elle a été interviewée par l’agence de presse américaine Bloomberg et, cet été et cet automne, pendant trois mois, l’émission de la NHK « Professionnels » l’a suivie dans son travail.
Jusqu’à il y a cinq ans, Mme Abe refusait toutes les demandes d’interview : « D’autres personnes que moi font le même travail, je ne souhaitais pas être plus exposée qu’elles. » Mais une remarque de son ancien professeur d’université l’a fait changer d’avis. « Si les médias vous recherchent, peut-être est-il important aussi de savoir "se mettre en avant". »
Aujourd’hui, à quoi Mme Abe aspire-t-elle ? À être « un modèle pour tous les jeunes qui souhaitent devenir ingénieur du génie civil, filles et garçons confondus. » Maintenant qu’elle est également PDG de la filiale indienne de son groupe, elle souhaite « relever ce nouveau défi qu’est la gestion d’une entreprise et remporter des contrats de grande envergure ».
Parmi les projets auxquels elle entend s’attaquer figure le chantier indien du Shinkansen, le train à grande vitesse, véritable vitrine de la technologie japonaise. « Je vais poursuivre mes efforts dans l’objectif de devenir à la fois l’ingénieur et le manager qui supervisera le Shinkansen indien. »
(D’après un original en japonais écrit par Harada Kazuyoshi. Photo de titre : Fujita Shûhei.)

