Agitation autour des noms de famille des couples mariés japonais
Dans le cadre de sa stratégie d’autonomisation des femmes, le gouvernement réajuste tous les cinq ans les objectifs énoncés dans le Plan de base pour l’égalité des sexes. Récemment, le débat au sein du parti au pouvoir sur le libellé de la dernière révision s’est enlisé au sein du parti sur la question de l’autorisation des couples mariés à utiliser des noms de famille séparés, ce que le Code civil japonais interdit. À l’issue d’une discussion animée, les membres du parti se sont engagés à « approfondir la question », en tenant compte du sens de l’unité familiale et de l’impact sur les enfants de toute proposition concrète concernant les noms de famille des couples mariés.
Mme Hashimoto reconnaît qu’une croyance profondément enracinée parmi certains législateurs du PLD dans les « valeurs familiales traditionnelles », insistant notamment pour qu’une femme prenne le nom de famille de son mari après le mariage, a étouffé le débat. Cependant, elle espère apaiser les inquiétudes en soulignant que le système proposé permettant des noms séparés ne sera pas obligatoire, mais donnera aux couples le droit de choisir ce qui est le mieux pour eux, en fonction de leur situation.
« Nous n’essayons pas de forcer les couples à utiliser des noms de famille distincts. J’espère que notre parti pourra garder ces faits à l’esprit tout en menant ce débat nécessaire de manière calme. »
Le Japon est le seul pays avancé à exiger des couples mariés d’avoir le même nom de famille, une politique qui affecte de manière disproportionnée les femmes. Les données du Ministère de la santé, du travail et de la protection sociale montrent que 96 % des femmes mariées portent le nom de leur époux. Cependant, une récente enquête conjointement menée par l’Université de Waseda et par des groupes civiques a révélé qu’un peu plus de 70 % des personnes interrogées étaient favorables à ce que les couples aient le droit de choisir des noms de famille différents. (Voir notre article lié)
Alors que Mme Hashimoto souligne l’importance de respecter les valeurs de chacun, elle soutient que les nouvelles politiques devraient refléter le changement social.
« Les familles nucléaires sont désormais la norme. À mesure que les ménages avec un enfant se multiplient, un nombre croissant de jeunes qui envisagent de se marier veulent conserver leur nom de famille. J’aimerais que les législateurs qui hésitent à autoriser les deux noms de famille examinent attentivement si le fait de forcer les couples mariés à avoir le même nom protégera nécessairement les liens familiaux. J’espère qu’ils reconnaîtront que la jeune génération, sur laquelle repose l’avenir du Japon, voit les choses différemment. Nous devons respecter le souhait des jeunes de conserver leur nom de famille et comprendre que leurs liens familiaux seront différents de ceux du passé. »
Une médaille de bronze en France malgré des problèmes de santé
Née en septembre 1964, cinq jours seulement avant le début des Jeux olympiques d’été de Tokyo, Mme Hashimoto déclare que son père Zenkichi lui disait toujours qu’en tant que femme, elle était destinée à participer aux Jeux. Ayant grandi dans un ranch sur l’île de Hokkaidô, elle patinait sur un étang sur le terrain pendant les longs mois d’hiver, les paroles de son père résonnant dans ses oreilles.
Elle se souvient que ce n’est que lorsqu’elle était en première année de primaire, en regardant les Jeux olympiques d’hiver de Sapporo à la télévision, qu’elle a commencé à avoir une idée de ce que cela signifiait d’être une olympienne. Cependant, des problèmes de santé affectaient sa jeunesse. En troisième année du primaire, on lui a diagnostiqué une maladie rénale et on lui a interdit de faire du sport pendant deux ans pendant qu’elle suivait un traitement. Lors d’un de ses séjours à l’hôpital, elle a rencontré une fille du même âge, avec qui elle est rapidement devenue amie. Alors que l’état de Mme Hashimoto s’est progressivement amélioré, sa nouvelle camarade a tragiquement perdu son combat. Mme Hashimoto se souvient qu’avant le décès de son amie, elle lui avait demandé de vivre pour elle aussi. Cette demande, la ministre la garde toujours dans son cœur.
Ses problèmes de santé ont détourné Mme Hashimoto à plusieurs reprises de sa carrière. En première au lycée, elle a remporté le championnat de patinage de vitesse du Japon, mais l’année suivante, son problème rénal s’est de nouveau déclaré. Son entraînement rigoureux a également eu des conséquences néfastes. À un moment donné, elle a dû être hospitalisée après avoir souffert d’une insuffisance respiratoire due au stress et, pendant son traitement, elle a contracté l’hépatite B. Après son rétablissement, elle a fait ses débuts olympiques à l’âge de 19 ans aux Jeux d’hiver de 1984 à Sarajevo.
Chaque nouvelle crise médicale ajoutait de nouveaux médicaments à la liste que les médecins voulaient prescrire à la jeune athlète, mais elle ne pouvait pas à la fois prendre ces pilules et passer les tests de dopage réguliers dans son sport. En étroite collaboration avec les médecins de l’équipe, elle s’est cependant remise en forme grâce à un régime qui comprenait une modification de son alimentation et l’application des principes de la physiologie de l’exercice à son entraînement. Ses efforts ont porté ses fruits et, à l’âge de 27 ans, elle est devenue la première Japonaise à remporter une médaille en patinage de vitesse, remportant le bronze au 1 500 mètres aux Jeux olympiques d’hiver d’Albertville en 1992.
« Le sport nous donne l’opportunité de faire face aux défis de la vie et de les surmonter. »
Hashimoto Seiko ne pense pas que cela soit limité aux seuls athlètes, mais c’est une expérience partagée même par les supporters. Elle souligne en particulier les efforts des paralympiens.
« Les para-athlètes témoignent de ce que le sport permet d’accomplir. Leur travail acharné apporte du courage en particulier aux enfants qui les voient rivaliser, leur apprenant qu’aucun défi n’est insurmontable.
Engagée pour les Jeux de Tokyo
En tant qu’athlète sept fois olympienne, Mme Hashimoto ressent un profond sens de la responsabilité dans la supervision des préparatifs des jeux de Tokyo, qui ont été reportés à 2021 en raison du coronavirus. Elle dit que la pandémie a posé d’immenses défis, mais qu’elle reste fermement déterminée à organiser l’évenement. Dans le même temps, elle souligne que la crise sanitaire mondiale est une opportunité importante pour le monde du sport et la société dans son ensemble de réévaluer le sens des Jeux.
« C’est à Los Angeles en 1984 que les Jeux olympiques ont commencé à être commercialisés. Depuis, les jeux se sont progressivement élargis. Je vois Tokyo comme une chance de remettre l’accent sur les principes fondateurs des Jeux olympiques modernes, qui promeuvent la paix dans le monde et réunissent des personnes de différents pays et cultures dans l’amitié. »
En ce qui concerne l’héritage des jeux de Tokyo, Mme Hashimoto pense que les progrès de la médecine préventive et des soins auront un impact durable sur la qualité de vie des gens dans le monde entier.
« Les athlètes profitent pleinement des recherches de pointe dans des domaines tels que l’alimentation et les mécanismes de la fatigue pour rester en pleine forme. Cependant, ces mêmes connaissances peuvent être appliquées aux soins médicaux des citoyens ordinaires, aidant les gens à vivre plus longtemps et en meilleure santé. Dépenser moins pour traiter les symptômes et travailler davantage pour prévenir la maladie en premier lieu allégera la charge croissante des systèmes de santé tout en créant de nouvelles industries. J’espère que les Jeux de Tokyo pourront servir de modèle aux gouvernements dans la conception de politiques qui encouragent les bienfaits de l’exercice, notamment pour maintenir la santé et améliorer la condition physique des enfants. »
Le public reste sceptique quant à la tenue de Jeux olympiques au milieu d’une pandémie, et Mme Hashimoto comprend que son succès dépendra de la démonstration claire de l’importance d’aller de l’avant avec les Jeux de Tokyo. Bien que confrontée à d’innombrables défis dans les mois à venir, elle s’est engagée à réussir.
« En fin de compte, je suis certain que les Jeux olympiques parleront d’eux-mêmes. »
(Texte et interview de Mme Hashimoto Seiko par Itakura Kimie, de Nippon.com, effectuée le 25 décembre 2020, et mise à jour le 18 février 2021. Photos : Ôkubo Keizô, sauf mention contraire)


