Une histoire d’amour compliquée
Depuis deux ou trois ans, on entend souvent dire : « Ce qu’il y a de plus beau à Taïwan, ce sont les gens. » Et ceux qui ne sont pas d’accord répondent du tac au tac : « Ce qu’il y a de plus beau à Taïwan, ce sont les gens, mais ce qu’il y a de plus moche, ce sont aussi les gens ! »
Les Taïwanais ont depuis longtemps des problèmes avec leur identité nationale et culturelle. Ils n’arrêtent pas de s’interroger, de se plaindre et de discuter sur ce dont leur pays doit être vraiment fier.
J’ai des amis taïwanais qui vont chaque jour sur Facebook pour parler des moyens d’améliorer leur environnement et leur culture, et échanger des liens sur ce thème. Beaucoup de Taïwanais aiment se rendre en voyage au Japon mais à en juger par ce que j’entends, ils en reviennent souvent avec un sentiment d’infériorité en déplorant que leur pays soit à la traîne en termes de culture et de commodités. J’ai chaque fois l’impression que l’amour des Taïwanais pour le Japon est quelque chose de vraiment compliqué.
Les Japonais croient naïvement que « les Taïwanais aiment le Japon », mais les choses sont beaucoup plus délicates quand on touche à des points aussi sensibles (voir article Le Japon et Taïwan : une histoire d’amour compliquée). On ne peut certes pas attendre des touristes qu’ils aient conscience de ce problème, mais ce devrait être au moins le cas des médias de l’Archipel.
Un débat latent
La couverture du numéro spécial de Brutus sur Taïwan est incontestablement à l’origine de la polémique. Cependant, je crois qu’elle ne pose aucun problème particulier en elle-même et qu’elle n’a fait que révéler au grand jour un débat latent.
Mais ce débat est le bienvenu parce qu’il va dans la bonne direction. Et à mon avis, c’est lui qui constitue « ce qu’il y a de plus beau à Taïwan ». Moi qui en tant que Japonaise ai renoncé à changer mon pays – il me semble que c’est impossible malgré tous mes efforts –, je suis pleine d’admiration quand je vois mes amis taïwanais chercher sincèrement des arguments constructifs pour faire avancer la discussion.
Les internautes taïwanais ont aussi réagi à la polémique suscitée par le numéro spécial de Brutus en mettant en ligne des couvertures parodiques grâce à une application des réseaux sociaux locaux. Je dois avouer que j’apprécie toujours leur humour qui démarre au quart de tour.
En lisant ce numéro en question sur Taïwan, j’ai constaté qu’il contient des informations de grande qualité pour les voyageurs. Je conseille donc aux Japonais envisageant de se rendre sur place de le consulter et aux Taïwanais de le lire en tant qu’expression de l’admiration que les habitants de l’Archipel ont pour leur pays. Après tout, une des raisons pour lesquelles la couverture de Brutus a fait tant de bruit, c’est que cette revue japonaise est celle à laquelle les jeunes Taïwanais se fient le plus en matière de tendances dernier cri. En tout cas, je serai absolument ravie si, au bout du compte, des informations sur Taïwan fournies par les médias japonais finissent par contribuer à une meilleure compréhension de cette île.
(D’après un article en japonais publié le 26 août 2017. Toutes les photos avec l’aimable autorisation de Sumiki Hikari. Photo de titre : Sumiki Hikari avec le numéro de la revue Brutus dont la couverture a déclenché une polémique à Taïwan.)
