Seul un tiers de la population est vaccinée

— Quoiqu’il en soit, si la vaccination progresse, on aura moins à craindre un fardeau excessif sur le système de santé, n’est-ce pas ?

K.K.  À Okinawa par exemple, le nombre de cas augmente beaucoup, mais pas celui de personnes gravement atteintes. Dans les îles où la vaccination est accomplie, il n’y a pas de cluster dans les établissements pour personnes âgées, et l’on rapporte que les personnes contaminées ne développent pas de formes graves. Si d’ici fin juillet la vaccination des personnes âgées au niveau national progresse, le nombre de patients atteints de forme grave diminuera sans doute d’autant.

— En quoi la période d’un mois à partir du 20 juin, après la levée de l’état d’urgence, est-elle cruciale ?

K.K.  Il faudrait veiller au maximum à accélérer la vaccination à toutes les parties impliquées dans les JO pour éviter l’apparition de clusters. Les sportifs japonais, le personnel de sécurité et les policiers sont déjà vaccinés, mais rien n’a encore été officiellement décidé pour les bénévoles par exemple.

— Même si la vaccination des personnes âgées progresse plus vite, sera-t-il possible de terminer d’ici à fin juillet, conformément à l’objectif, les deux injections ?

K.K.  Il y a au Japon environ 36 millions de personnes (65 ans et plus). Pour qu’elles soient toutes complètement vaccinées, il faut 72 millions de doses. Je crois que nous pourrons en avoir 50 millions, mais qu’en avoir 72 millions ne sera pas facile. [Ndlr : à la date du 4 juillet, le nombre de seniors ayant été totalement vaccinés, soit deux injections, était de 12,02 millions].

— La vaccination progresse avec pour priorité les seniors, mais l’on voit actuellement des variants infectant les personnes d’âge moyen avec un risque non négligeable de formes graves. Cette classe d’âge ne constitue-t-elle une sorte d’angle mort ?

K.K.  C’est certainement préoccupant. Avec les variants, les personnes de la trentaine à la cinquantaine ont plus de risques de développer des formes graves, et il est fort possible que ce genre de cas devienne plus nombreux que chez les seniors. Il faut veiller au strict respect des mesures barrières.

— Il faut donc que chacun continue de se protéger en conscience et respecter les limites imposées ?

K.K.  Les Jeux olympiques ont lieu en été, et il y aura ensuite la saison de l’O-bon, la fête des morts, où beaucoup de gens prennent des congés, sans compter les Jeux paralympiques ensuite. On peut donc s’attendre à de nombreux déplacements et des sorties pour les loisirs, avec en parallèle, un risque plus élevé de transmission du Covid-19. Comme la vaccination n’atteindra l’ensemble de la population qu’entre l’automne et l’hiver, il faut limiter les sorties et les repas en extérieur en juillet et août, ainsi que les voyages loin de chez soi.

Le gouvernement et le sous-comité ont-ils des avis divergents ?

— Le gouvernement se contente d’affirmer que son objectif est la sécurité maximale, sans de définition concrète, ce qui fait que l’on attend les propositions du sous-comité...

K.K.  Au risque de me répéter, le sous-comité n’a pas pour mission de déterminer s’il est possible ou non de tenir les Jeux olympiques. Notre travail est d’évaluer les risques de propagation de l’épidémie si les Jeux ont lieu, et de définir les mesures de sécurité sanitaire que doit suivre la population. Comme le grand événement se rapproche, nous devons indiquer avec précision notre évaluation des risques. Nous faisons des propositions, voilà la tâche qui nous a été confiée.

M. Omi Shigeru, président du sous-comité de mesures de lutte contre le nouveau coronavirus répond aux questions de la commission des affaires sanitaires, du travail et de la sécurité sociale de la Chambres des représentants.
Omi Shigeru, président du sous-comité de mesures de lutte contre le nouveau coronavirus, répond aux questions de la commission des affaires sanitaires, du travail et de la sécurité sociale de la Chambres des représentants.

— M. Tamura, ministre de la Santé, du Travail, et des Affaires sociales, a déclaré qu’il n’appliquera pas officiellement l’évaluation des risques du sous-comité, qu’il considère comme des « recherches indépendantes ». Que pensez de cette position ?

K.K.  Le contenu des réponses de M. Omi à la Chambre des représentants a été perçu comme dépassant légèrement la compétence du sous-comité, et c’est peut-être pour cela qu’elles ont suscité une réaction négative. Mais qualifier notre travail de « recherches indépendantes », et dire que nos propositions ne seront pas prises en compte, c’est un peu exagéré, non ? Si le sous-comité a dit qu’il faut limiter les flots de personnes, et ne pas offrir d’alcool ni d’avoir de fan zone pendant les Jeux, il faut que le gouvernement l’entende.

La question des créances pourries de l’après-crise sanitaire

— C’est entre l’automne et l’hiver que tous les Japonais seront vaccinés, mais s’il y a une nouvelle vague d’ici là, il faudra peut-être à nouveau fermer certaines entreprises ou les contraindre à réduire les heures de travail. L’économie est dans une situation dangereuse.

K.K.  L’inquiétude est déjà là. La situation est plutôt mauvaise. On peut choisir d’augmenter les aides publiques, mais la principale mesure est d’aider les entreprises en leur accordant des prêts sans intérêts et des financements sans garantie. Il faut dès maintenant penser à la manière dont sera traité cet endettement accumulé une fois que la vaccination aura progressé et que la crise sanitaire sera derrière nous. Il ne fait aucun doute qu’une fois que ces entreprises commenceront à rembourser leur dettes, des petites et moyennes entreprises du secteur de la restauration et du voyage feront faillite, et à moins d’annuler une partie de ces dettes, on ne s’en sortira pas. Les créances pourries liées à la crise sanitaire atteindront probablement de 10 à 20 mille milliards de yens. Il faudra les annuler.

Si les institutions régionales de financement qui investissent dans les PME et les TPME annulent les dettes de celles-ci, cela entraînera des pertes, et l’État devra leur injecter des capitaux. Je pense qu’il faudra le faire sans discuter de leur responsabilité. Demander aux banques d’assumer ces pertes est difficile. Elles ont prêté de l’argent sans intérêt et sans garantie à la demande du gouvernement, dont c’était la politique, et celui-ci doit, de mon point de vue, les aider.

— Pour finir, nous aimerions savoir quel sens ont pour vous ces Jeux olympiques sous fortes contraintes dans un environnement délicat.

K.K.  Quand on pense aux efforts faits par les sportifs, je pense qu’il faut que les Jeux olympiques aient lieu, si les conditions le permettent. Je pense qu’il faut dans la mesure du possible que cet événement important et irremplaçable pour les gens qui soutiennent les sportifs et leurs valeurs, aient lieu.

(Interview de Kobayashi Keiichirô réalisée le 7 juin par Mochida Jôji, de Nippon.com. Photo de titre : le stade olympique [à gauche] et une rue proche de l’avenue Kokusai-dôri dans la ville de Naha, sur l’île d’Okinawa, où tous les restaurants étaient fermés pendant l’état d’urgence sanitaire)