Une aubaine pour la science
Le lion de mer empaillé fait désormais partie des collections du musée de l’université de Kyûshû, un centre d’enseignement et de recherche installé dans l’ancien bâtiment de la faculté des sciences. En rénovation, le musée n’est que partiellement ouvert au public en 2025. Mais une fois par an, le grand public peut admirer le spécimen empaillé sorti des archives pour l’occasion.
Maruyama Munetoshi, professeur associé participant aux programmes de recherche et d’éducation du musée, explique que si l’origine du spécimen n’est pas parfaitement établie, sa taxonomie ne fait aucun doute. « Il s’agit d’un lion de mer japonais. »
Or, il n’en existe plus que 10 au Japon, le spécimen de l’université est donc précieux pour la recherche. Maruyama explique qu’avec le soutien de bénévoles, le centre de recherche espère mener une étude poussée, faisant notamment une analyse de l’ADN et en ayant recours à de l’imagerie aux rayons X.
L’histoire du lion de mer empaillé est aujourd’hui une source de fierté pour les habitants de la région. Hanada a même demandé à Kawai Takuji, un pianiste qui se produit souvent au Hakozaki Suizokukan Café, de composer une chanson sur cette découverte. Le morceau fait l’éloge du musée, Hanada et beaucoup d’autres à sa suite espèrent qu’à sa réouverture, l’institution reprendra le flambeau et relancera la mission éducative héritée de l’université Kyûshû.
À mon retour de Fukuoka, j’ai continué mes investigations sur l’aquarium de Hakozaki. L’établissement a en fait hébergé plusieurs lions de mer japonais tout au long de ses 25 années d’activité. Le 31 mars 1910, une semaine après l’ouverture de l’aquarium, le Fukuoka Nichinichi Shimbun rapporte notamment que le lion de mer « sauvage » venant de Karafuto avait mis bas. Dans un ouvrage de 1953 écrit par Kuroda Nagamichi, j’ai également lu sous la plume d’un des fondateurs de la Mammal Society of Japan, qu’un lion de mer venant de Takeshima avait aussi vécu à l’aquarium. Une analyse ADN permettra peut-être de savoir d’où vient l’animal empaillé et comprendre lequel des quatre se retrouve aujourd’hui dans les collections du musée.
Depuis le début de mes recherches, j’ai eu l’occasion de photographier plusieurs lions de mer japonais empaillés. Celui de l’université de Kyûshû reste à mes yeux le plus attachant, mais à mon grand regret, je n’ai peut-être pas su immortaliser la douceur de ses traits avec mon objectif.
À jamais disparus
Triste destin, les lions de mer japonais se sont éteints et l’espèce a disparu avant que les chercheurs n’aient pu l’étudier en détail. La découverte du spécimen de l’université de Kyûshû éclaire un peu leur histoire tragique en offrant la possibilité d’en savoir plus sur ces animaux disparus à jamais. De mon côté, j’espère que le lion de mer de Hanada contribuera à aider la recherche et qu’il saura sensibiliser et toucher le grand public car il est plus que jamais nécessaire de préserver la biodiversité mondiale qui s’amenuise inexorablement.
(Photo de titre : lion de mer japonais empaillé découvert dans les archives de l’université de Kyûshû. © Hayashi Michiko)




