La Longue Marche de 12 000 kilomètres du parti communiste chinois
À partir de là, Nomachi poursuivit son voyage photographique, toujours mû par sa vigoureuse énergie et sa brillante conceptualisation. Ses séjours en Éthiopie, inaugurés dès 1980 dans le cadre de son exploration du bassin du Nil totalisaient en 1997 neuf voyages et 426 jours sur place. Il rassembla ce travail sous la forme d’un nouvel album intitulé « Ô Dieu, Ô Éthiopie » (Kami yo, Ethiopia yo, Shûeisha, coédité en Allemagne et en Angleterre, 1998). L’église orthodoxe éthiopienne, créée au IVe siècle, s’est développée sur une doctrine et une christologie indépendante des conciles ultérieurs. Elle coexiste aujourd’hui avec l’Islam et l’évangélisme protestant. Le projet est toujours en cours et a donné lieu en 2000 à un nouveau livre « Éthiopie : L’arche légendaire » (Ethiopia Densetsu no ark, Crevice, 2018)

En juin 1988, à la demande du magazine Days Japan, Nomachi part en reportage sur les lieux de la Longue Marche, qui donna lieu à l’album « Le rêve de la Longue Marche : Chine, terre du réalisme » (Chôsei Yume utsutsu - Riarizumu no daichi Chûgoku, Jôhô Center shuppan kyoku, 1989). Sur place, Nomachi a suivi l’itinéraire, qui avait commencé dès 1927 avec le soulèvement de Mao Zedong sur le mont Jinggang Shan (dont le drapeau est aujourd’hui conservé au Musée de l’Armée Populaire). La traversée du fleuve Xiangjiang, celle des plateaux du Tibet, jusqu’à l’arrivée sur le plateau de Lœss au nord du Shaanxi en un peu plus d’un an, entre 1934 et 1935, constitue la Longue marche proprement dite. Lors de ce périple, Nomachi témoigne de l’image vivante de la « Chine nue, passée, présente et future ».
Après les prises de vues, Nomachi se rend à Beijing où il assiste aux événements de la place TianAnMen. Il y voit un groupe de jeunes manifestants ouïghours qui scande « Allahu Akbar » (Dieu est grand). Il écrit dans la postface de son livre : « J’ai alors senti monté du fond de mes tripes une émotion qui ne peut pas se dire avec des mots. »

En 1990, Nomachi reçut le Prix d’encouragement artistique du ministre de l’Éducation et fut nommé Photographe de l’Année par la Société Photographique du Japon pour ce travail, ainsi que pour l’album Nil (Jôhô Center shuppan kyoku, 1989), co-édité dans sept pays dont les États-Unis et le Royaume-Un)i. Creusant encore plus le thème « La Longue Marche, le rêve et le présent », Nomachi repart photographier diverses parties du Tibet, y compris un pèlerinage au mont Kailash, dont les images seront publiées dans l’album « Tibet : terre céleste » (Tibet – Ten no daichi, Shûeisha, 1994), qui donne également lieu à des éditions allemande, américaine et asiatique.
La « forme de la prière », des pèlerins de La Mecque
En prises de vues au Tibet, Nomachi est frappé par la sincérité des pèlerins face à Dieu, par la crainte et la gratitude envers la Nature perceptible quand ils jettent leur corps sur le sol pour se diriger prosternés vers la ville sainte de Lhassa. Cette expérience l’amène à concentrer sa recherche sur « la forme originelle de la prière », un rituel de base qui serait commun à tous les pèlerins de toutes les religions du monde.
Depuis ses premières photographies du Sahara en 1972, Nomachi a parcouru les régions les plus reculées du monde entier. Il y a découvert de grandes portions de la planète où la civilisation moderne ne pénètre pas facilement, mais où se fait profondément sentir « la présence d’une entité plus grande que l’homme ». Il se met alors à chercher comment capter par la photographie le moment où Dieu et l’homme sont l’un en face de l’autre, au-delà des différences entre les religions primitives, l’islam, le christianisme et le bouddhisme, ce qu’il appelle « la forme de la prière ».
En 1994, un éditeur saoudien demande à Nomachi de photographier une mosquée à Médine. Cela le conduit à faire une shahada (profession de foi) au Centre Islamique du Japon (arrondissement de Setagaya, Tokyo), et en décembre de la même année, de se convertir à l’islam. C’était bien sûr une condition pour pouvoir opérer dans les deux sites les plus sacrés de l’islam, Médine et La Mecque, mais marquait aussi bien l’intérêt croissant de Nomachi pour l’islam, qu’il avait vu naître et grandir en lui dans le dur environnement du désert.
Son reportage sur La Mecque et Médine commence l’année suivante, en janvier 1995. Son album « Pèlerinage à La Mecque » (Mekka junrei, Shûeisha, 1997), recueil de photographies des prières dans la mosquée de La Mecque, y compris pendant la Nuit du Destin (Laylat al-Qadr) pendant le mois du Ramadan, et auxquelles participent plus d’un million de croyants, fut publié dans six pays, dont les Émirats arabes unis. La même année, Tharaa International, en Arabie Saoudite, publie l’album Al madinah al-Munawwarah, photographies de Nomachi des foules en pèlerinage qui tournent comme un tourbillon géant autour de la Kaaba à La Mecque. Ces deux albums sont certainement le point d’aboutissement de l’exploration de Nomachi sur « la forme de la prière ».

Nomachi a également Persia (Heibonsha, 2009) un album sur les peuples chiites, dont la doctrine religieuse se distingue de l’islam sunnite, et la culture perse, à la fois délicate et majestueuse.


