Allons voir les festivals japonais !
Trois « festivals de brutes » pour apaiser les dieux du Japon
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Qui aime bien châtie bien
Communément, lors d’un matsuri (festival), l’esprit de la divinité est placée dans un mikoshi, un petit sanctuaire portatif richement décoré. Celui-ci est ensuite porté par les fidèles à travers le quartier pour répondre aux prières de ceux qui sont sous sa protection. Mais il existe aussi des festivals où les mikoshi sont bien malmenés, et nous allons justement en découvrir trois.
Le festival Ushitsu Abare
(Premier vendredi et samedi de juillet. Noto-chô, préfecture d’Ishikawa)

Les kiriko virevoltent à sept mètres au-dessus de nos têtes. (© Haga Library)
En été et en automne, plus de 200 communautés à travers la péninsule de Noto célèbrent des festivals avec des kiriko, de très hautes lanternes de papier illuminées tenant sur un petit char en bois.

Des femmes et des enfants montés sur les chars donnent le rythme. (© Haga Library)
Le premier festival de kiriko de l’année a lieu début juillet, dans la partie nord de la péninsule de Noto.
Ses origines remontent au XVIIe siècle. Une épidémie décimait la région et une divinité du sanctuaire Gionsha de Kyoto (aujourd’hui le sanctuaire Yasaka) fut transférée à Noto par onction pour éloigner le malheur. L’épidémie s’estompa après des cérémonies religieuses, et les gens défilèrent avec les kiriko pour exprimer leur reconnaissance

Les kiriko peuvent mesurer jusqu’à sept mètres de haut. Ils étaient encore plus élevés avant l’installation des fils électriques en 1921. (© Haga Library)
Le festival commence par une journée où entre 30 et 40 kiriko défilent dans les rues. Le lendemain, ils ouvrent le chemin devant les deux mikoshi qui contiennent l’esprit de la divinité. Cette dernière n’est autre que Susanoo, la divinité la plus turbulente et impétueuse du panthéon shintoïste. La procession fait le tour des quartiers pour chasser les mauvais esprits.

L’esprit de Susanoo est placé dans ces deux mikoshi. (© Haga Library)
Sur le chemin du retour vers le sanctuaire, les porteurs lancent des cris à l’unisson et jettent les mikoshi au sol, dans le feu, dans la rivière et dans la mer. Il est dit que plus ces actes sont violents, plus cette divinité turbulente se réjouit et y puise des forces. Et pendant ce temps, les kiriko tourbillonnent autour, insufflant davantage d’énergie à ce « festival de brutes ».

Jeter avec violence le mikoshi dans la mer réjouit la divinité. (© Haga Library)

Tout comme le jeter dans les flammes ! (© Haga Library)
Le festival atteint son apothéose au moment où les étincelles des torches géantes se déversent sur les porteurs, faisant davantage monter la tension. Les mikoshi sont jetés dans les flammes à maintes reprises, cognés au sol, et escaladés.

Affrontant la chaleur, les porteurs plongent les mikoshi dans le feu. (© Haga Library)
Tard dans la nuit, lorsque les mikoshi retournent au sanctuaire, on constate qu’ils sont noircis par le feu et que les toits sont brisés. Mais malgré les dégâts, leur restauration s’effectue tous les ans soigneusement, morceau par morceau. Cette persévérance est un symbole de la résilience de cette communauté qui s’est courageusement relevée après le séisme meurtrier de Noto le 1er janvier 2024.

Le retour d’un mikoshi au sanctuaire, tard dans la nuit. (© Haga Library)
Le festival Ohoshi
(Le 30 octobre à Mashiki, Nishihara et Kikuyô, préfecture de Kumamoto)

Le mikoshi est lancé au sol. (© Haga Library)
Chacun des douze quartiers des communes de Mashiki, Kikuyô et Nishihara, sur les contreforts occidentaux du mont Aso, organise à son tour le festival Ohôshi du sanctuaire de Tsumori, situé à Mashiki. Cette commune se doit de construire un abri temporaire pour le ohoshi, le support temporaire de l’esprit de la divinité, qu’elle garde pendant un an et puis transmet par le biais d’un mikoshi au prochain quartier désignée. Avec ce système d’alternance sur 12 ans, le lieu de l’abri et l’itinéraire du défilé changent chaque année.

Tous les habitants peuvent participer au départ de la divinité. (© Haga Library)

Des danses sont exécutées pour accueillir la divinité dans son nouveau lieu de résidence pour l’année. (© Haga Library)
Le trajet de la divinité vers son nouveau lieu est toutefois atypique. Le long de la route, les porteurs font exprès de lancer le mikoshi au sol ou dans les champs.
Le prêtre shintô examine les dégâts du mini-sanctuaire portatif et lorsqu’il s’exclame mada, mada (pas encore, pas encore), les porteurs le lancent en l’air deux ou trois fois, le laissant s’écraser au sol bruyamment. Ce n’est que lorsque le prêtre crie kore made (ça suffit) que le mikoshi fracassé est transmis au prochain quartier.

Le mikoshi est jeté par terre à maintes reprises le long de la route. (© Haga Library)
Les origines de ce festival sont encore obscures mais il est dit qu’une divinité descendait du ciel et visitait chacune des 12 communautés proches du sanctuaire de Tsumori, à raison d’une par an. Le traitement brutal du mikoshi représente le désarroi des gens au départ de la divinité, et la joie de cette dernière à la vue de leur dévouement. C’est la communauté qui reçoit le mikoshi qui paie les réparations qui peuvent s’élever à près d’un million de yens (5 400 euros).

Plus le mikoshi est endommagé, plus la divinité et les gens se réjouissent. (© Haga Library)
Le festival Iba no Sakakudashi
(Le 4 mai, préfecture de Shiga)

Des cordes contrôlent la descente du mikoshi sur la pente raide. (© Haga Library)
À 432 mètres d’altitude, le mont Kinugasa surplombe le quartier d’Iba de la ville de Higashi-Ômi, sur la rive est du lac Biwa. Le sanctuaire de Sanpôsan, à mi-chemin sur la montagne, est connu pour un rituel vieux de 850 ans où un mikoshi est glissé sur une pente rocailleuse et raide.

Le mikoshi pèse plus de 500 kilos. (© Haga Library)
Vu du portail torii au pied de la pente, l’accès vers le sanctuaire ressemble à une falaise qu’on ne pourrait escalader qu’à quatre pattes. Le chemin menant au pavillon principal est long de 503 mètresn avec un dénivelé de 175 mètres. Le mikoshi est hissé jusqu’en haut la veille du festival, en attente de sa descente périlleuse.

Cette inclinaison de 60 degrés constitue la zone la plus ardue à arpenter et à descendre. (© Haga Library)
Le jour du matsuri, un adolescent se positionne à l’avant du mikoshi pour la descente. Sur la partie la plus raide, qui fait six mètres de long, ceux qui manipulent les cordes doivent faire particulièrement attention pour éviter que le mikoshi bascule. Les acclamations de la foule retentissent à l’arrivée au niveau du portail, au pied de la montagne, faisant honneur au courage des jeunes gens.

La foule enthousiaste à l’arrivée du mikoshi et des participants sains et saufs. (© Haga Library)

Le festival est également considéré comme un rite de passage à l’âge adulte. (© Haga Library)
(Les dates données sont les dates habituelles de ces festivals. Photo de titre : le mikoshi en feu du festival Ushitsu Abare. © Haga Library)