Les « excentriques » font avancer les choses
Après la guerre, le même phénomène s’est reproduit. Dans les périodes difficiles, les bureaucrates les plus brillants ont avant tout concentré leurs efforts sur la reconstruction du Japon. Comme en réponse, Sony et Honda ont connu une émergence fulgurante. Mais, depuis les années 1970, la société japonaise a progressivement accordé une place prépondérante à l’élite dans les hautes sphères. Cette élite est certes très forte pour obtenir les meilleures notes aux examens, mais elle est constituée de gens comme Tôjô, des « dirigeants dépourvus de leadership ».
L’année dernière, j’ai posté le tweet suivant : « Jeunes gens, ne visez pas l’élite, soyez excentriques ». Ce n’est pas en essayant de surpasser les membres de l’élite qui nous entourent qu’on nourrit une pensée originale, ni qu’on étoffe ses capacités de leader. A mon avis, ce sont les gens comme Koizumi Junichirô, avec qui j’ai travaillé, ou Ishihara Shintarô, des « excentriques » étrangers aux élites, qui font avancer les choses.
Les structures à la japonaise axées sur le groupe sont adaptées pour mener à bien des tâches minutieuses. C’est précisément pour cela que le Bureau des eaux métropolitain atteint un taux de fuite de seulement 3,1% et parvient à moduler le volume d’eau et la pression à la minute près. Cette façon de travailler est une véritable « richesse ». Mais, pour avoir l’idée d’en tirer une opportunité commerciale, il faut être un « excentrique ». Le Japon a aujourd’hui besoin de leaders capables de renverser les schémas établis, de proclamer qu’ils vont « vendre ces richesses ».
Il me paraît erroné de penser que la société japonaise ne dispose d’aucun potentiel. C’est juste qu’elle ne sait pas mettre en valeur ses diverses richesses. Après la catastrophe qui vient de nous frapper et qui a remis au goût du jour le terme de « crise nationale » pour la première fois depuis la guerre, l’heure est venue de partir à la recherche de ces richesses et d’écrire une nouvelle page de l’histoire. Je suis déterminé à faire du développement à l’étranger du service des eaux de Tokyo un succès qui trouvera sa place dans cette nouvelle saga.
Propos recueillis le 24 avril 2012 par Mamiya Jun (membre du comité de rédaction de nippon.com)
Photographies : gouvernement métropolitain de Tokyo
Texte : Minamiyama Takeshi
Photographies de l’interview : Ôkubo Keizô
