Les obstacles géopolitiques à la coopération régionale
Au niveau international, le réchauffement planétaire figure tout en haut de l’ordre du jour des nations du monde depuis le Sommet de la terre réuni à Rio de Janeiro en 1992. Le débat s’est axé sur les positions très idéalistes et les considérations éthiques mises en avant par la Grande-Bretagne et d’autres pays européens. À l’arrière-plan, les pays de l’Est qui avaient de facto rejoint le reste de l’Europe après la fin de la guerre froide affichaient de faibles niveaux d’efficacité en termes d’énergie et d’émissions de CO2, ce qui leur laissait de la marge pour améliorer leurs rendements énergétiques et réduire leurs rejets sans être contraints à de trop lourds investissements. On est en droit de penser que l’environnement fait partie des domaines où la réciprocité interrégionale générée par l’intégration politique et économique liée à l’élargissement de l’Union européenne consécutif à la fin de la guerre froide a eu un impact bénéfique.
Le paysage régional en Asie de l’Est est tout à fait différent. L’absence d’uniformité politique et économique est patente entre les pays de la région, y compris la Chine et le Japon, et cette carence fait obstacle à la réciprocité. Si le Japon et la Corée du Sud ont des économies de marché et des systèmes démocratiques de gouvernement, la Chine s’est certes convertie à l’économie de marché, mais elle n’a pas pour autant renoncé à la domination politique du parti communiste datant de l’ère socialiste. Si bien qu’il est difficile d’instaurer une réciprocité stratégique englobant les fronts politique et économique.
En ce qui concerne les problèmes environnementaux, tels que le récent phénomène des rejets de PM2,5 et de poussière asiatique qui affectent depuis quelque temps la Chine et ses voisins, la réflexion a tendance à se focaliser sur l’opposition entre « contre le vent » et « dans le vent » — ou, dans le cas des pollutions marines, « à contre-courant » et « dans le sens du courant ». En Asie de l’Est, nous avons le parallèle géopolitique extrêmement clivant qui fait de la Chine un pays « contre le vent » accablé de problèmes environnementaux dus à l’activité industrielle, notamment les émissions de CO2, et du Japon un pays « dans le vent », l’un des plus avancés du monde pour ce qui est des technologies servant aux économies d’énergie et à la prévention de la pollution.
Dans le cas de l’Europe, la région dans son ensemble doit faire face à la menace partagée que constituent des problèmes environnementaux comme le réchauffement climatique et les pluies acides. En Asie de l’Est, en revanche, l’existence de la dichotomie « à contre-courant » versus « dans le sens du courant » entrave la recherche d’un terrain commun de ce genre. Outre cela, la Chine a désormais atteint un tel niveau de développement économique qu’elle n’a plus nécessairement besoin de faire appel au savoir-faire japonais en matière de technologie de l’environnement, par exemple pour la fabrication des panneaux solaires ou des équipements de désulfuration. Au Japon, toutefois, la tendance reste forte à se focaliser sur l’idée de « coopération technologique » (la fourniture de technologie japonaise à la Chine) plutôt qu’à réfléchir à un véritable dispositif de coopération à l’échelle de la région.
