Créer des liens de réciprocité stratégique en Asie de l’Est

La création de liens de réciprocité stratégique sur les questions environnementales en Asie de l’Est serait-elle une tâche impossible ? Pour sortir de l’impasse, on pourrait, par exemple, faire appel aux concepts de « sécurité climatique » et de « sécurité environnementale », auxquels des pays comme la Grande-Bretagne s’intéressent depuis les années 1990. Ces concepts reposent sur le constat que la résolution des problèmes environnementaux contribue à la stabilité politique et sociale tant au niveau national que régional.

Lorsqu’on se tourne vers l’Asie de l’Est — définie de façon assez large pour inclure l’Asie du Sud-Est —, il est important de prendre en considération l’ensemble des conditions climatiques et géologiques qui lui sont propres.  Située à l’ouest de l’océan Pacifique, elle se trouve de ce fait dans la zone des moussons ; les éruptions volcaniques et les tremblements de terre provoqués par la « ceinture de feu » du Pacifique y sont en outre fréquents. Le régime des moussons génère non seulement des pluies saisonnières mais aussi des phénomènes catastrophiques comme les typhons. Et les séismes de la ceinture de feu sont catastrophiques à double titre : par eux-mêmes et parce qu’ils sont suivis de tsunamis ravageurs, comme en témoignent ceux qui ont frappé l’Indonésie, la Thaïlande et d’autres pays après le séisme de 2004 dans l’océan Indien, ou encore le Japon après le Grand tremblement de terre de l’Est de 2011.

Le littoral du Pacifique, et surtout la zone qui recouvre l’Asie de l’Est et du Sud-Est, est une région du monde extrêmement sujette aux catastrophes naturelles. Les menaces d’origine humaine, notamment le réchauffement planétaire, représentent elles aussi un grand danger pour les populations de la région. C’est à ce genre de cause qu’on attribue la violence du typhon qui a ravagé les Philippines à la fin de l’année 2013. Un dispositif de coopération internationale nous aiderait sans doute à faire face à la menace que font peser ces phénomènes, qu’ils soient dus aux activités humaines ou naturels, comme les éruptions volcaniques et les tremblements de terre. Si les pays d’Asie de l’Est pouvaient partager cette façon de penser et la communiquer au reste du monde, on pourrait espérer que la réciprocité stratégique régionale s’étende au domaine environnemental.

Miser sur les réseaux multilatéraux de chercheurs

Aussi difficile que semble la coopération entre les nations sur les problèmes environnementaux, il existe des exemples de recherche internationale conjointe en ce domaine. Le projet Amour-Okhotsk du RIHN a débouché sur une initiative en vue de tisser des liens de coopération non officiels entre chercheurs des pays riverains du fleuve Amour, qui en sont dépourvus au niveau des États.  Ces chercheurs ont fondé le Consortium Amour-Okhotsk, un dispositif dédié à la recherche d’avantages communs et à la mise en place d’actions concertées en vue de résoudre les problèmes environnementaux auxquels leurs pays sont conjointement confrontés, en répertoriant les besoins existant en matière de préservation de l’environnement du fleuve Amour et de la mer d’Okhotsk, dans laquelle il se jette. Je pense que ce genre d’« initiatives parallèles », prises hors du champ de l’interaction entre les États et les économies, a un rôle important à jouer dans l’instauration de la confiance mutuelle.

La coopération du Japon et de la Chine dans le domaine environnemental a fonctionné jusqu’ici sur une base essentiellement bilatérale. Mais on est en droit de penser que le multilatéralisme constitue la meilleure réponse, compte tenu de l’absence d’uniformité politique et économique en Asie de l’Est. Il se trouve en outre que nous autres Japonais avons tendance à penser que notre pays est à la pointe de la technologie environnementale et que la Chine a du retard en ce domaine, si bien que, lorsque nous parlons de « coopération technologique », c’est la fourniture de technologie japonaise à la Chine que nous avons en tête. Tant que nous camperons sur cette façon de penser, nous aurons peu de chances d’aller de l’avant.

Qu’on me permette de souligner à quel point il est important de défendre la cause de la recherche transfrontalière en tant que bien public international. Les problèmes environnementaux relèvent de la sécurité des nations et les efforts en vue de les résoudre peuvent avoir des effets bénéfiques en termes de stabilité régionale. Le Japon doit résolument promouvoir cette façon de penser et prendre fait et cause pour la recherche conjointe menée sur une base multilatérale.

(D’après un article original en japonais paru le 7 mai 2014. Photographie du titre : Imaginechina/Aflo.)