L’APD japonaise, orientée vers l’Asie
Depuis près d’un demi-siècle, le Japon offre une APD sous forme de prêts en yens qui représentent en moyenne, pour la période de 2010 à 2012, 51% du montant brut de l’APD bilatérale, soit davantage que l’aide sous forme de dons (dons nets et coopération techniques, etc.). En termes de zones bénéficiaires, l’Asie compte pour 65%, l’Afrique pour 20%, l’Amérique centrale et latine pour 6% et le Moyen-Orient pour 4% ; en termes de ressources du pays bénéficiaire, 73% de l’aide est accordée à des pays aux ressources moyennes, contre 27% aux pays les moins avancés (PMA) et autres pays aux faibles ressources. Les premiers domaines ciblés sont, en moyenne des montants promis entre 2010 et 2012, les infrastructures et services économiques (transports, énergie, etc.) à 45%, suivi des infrastructures et services sociaux (écoles, hôpitaux, services des eaux, etc.) à 26%.(*2) L’APD du Japon a pour particularité de présenter un taux élevé de prêts en yens, de bénéficier principalement aux pays d’Asie à revenus moyens et de porter sur la mise en place d’infrastructures économiques, tout en s’intéressant aussi à des PMA – pays d’Asie du Sud-Est du bassin du Mékong (Cambodge, Laos, Myanmar) et pays d’Afrique – auxquels elle fournit une aide portant sur les infrastructures et services sociaux.
Citons quelques exemples concrets de projets de l’APD japonaise : en Asie, sur le littoral du sud-est thaïlandais et dans le nord du Vietnam, l’APD japonaise participe à la construction d’infrastructures, notamment portuaires ; cette aide a joué un rôle de catalyseur, favorisant l’émergence d’une industrie et le développement des échanges commerciaux en attirant des investissements directs privés, et créant également des emplois. Ce type d’approche est également à l’œuvre dans le développement de la zone métropolitaine prioritaire (MPA) de Jakarta en Indonésie et du corridor industriel Delhi-Mumbai (DMIC) en Inde. Par ailleurs, l’APD japonaise a aussi joué un rôle dans la construction de l’aéroport de diverses capitales, en Mongolie, au Kazakhstan, au Vietnam, en Thaïlande, en Malaisie ou encore au Sri Lanka. Enfin, des projets de coopération basés sur l’expérience japonaise sont en cours au Vietnam pour l’établissement d’un cadre juridique et la réforme des entreprises publiques et du secteur bancaire, ainsi qu’au Myanmar pour la création du système de paiement de la banque centrale.
En Afrique, sur le modèle d’un projet éducatif en sciences qui a fait ses preuves au Kenya au niveau national, un programme de renforcement de l’éducation scientifique est mis en œuvre dans 14 pays. En Ethiopie, deux projets coopératifs sont en cours : un programme de dialogue de haut niveau avec le gouvernement éthiopien sur la stratégie industrielle, et une enquête pour l’amélioration de la qualité et de la productivité (projet Kaizen) mettant l’accent sur la formation du personnel sur le terrain au niveau industriel, basée sur l’expérience engrangée en Asie.
Le débat autour du Programme de développement post-2015
Comment en témoignent les OMD, objectifs de développement communs à la communauté internationale – diviser par deux la pauvreté extrême d’ici 2015 ou faire baisser le taux de mortalité maternelle et infantile –, la formalisation du développement international progresse. Dans ce cadre, le Japon a jusqu’à présent formulé et mis en œuvre de nombreux engagements internationaux. Par exemple, à l’occasion de la réunion des dirigeants mondiaux au sommet de l’ONU sur les OMD en 2010, le Japon a annoncé une aide de 5 milliards de dollars dans le domaine de la santé et de 3,5 milliards de dollars dans celui de l’éducation sur cinq ans à partir de 2011. Cependant, le ratio de l’APD par rapport au revenu national brut (RNB), malgré un taux de 0,23% en 2013 en hausse par rapport au 0,17% de 2012, n’atteint pas 0,7%, le taux commun fixé par les membres du CAD, ce qui place le Japon en 18e position des pays membres.
Dans le même temps, alors que la date-limite de réalisation des OMD approche, les débats progressent au sein de la communauté internationale, notamment à l’ONU, autour du Programme de développement post-2015. Le Japon, en s’appuyant sur le principe de « sécurité humaine »(*3) y participe en mettant l’accent sur la mise en place d’une « couverture santé universelle »(*4) basée sur sa propre expérience d’implémentation d’un système de sécurité sociale pour la population entière, ainsi que sur l’« intégration de la prévention des catastrophes » et l’« urbanisation durable ».
Abordons maintenant quelques exemples, dans des domaines liés aux OMD et au Programme de développement post-2015, où l’APD du Japon a joué le rôle de catalyseur et dynamisé l’intervention privée et civile.
