L’aide publique au développement (APD) contribue à l’expansion économique et humaine des pays en développement. La JICA qui en est un acteur important se donne pour objectif de fournir une aide à laquelle on associe une histoire, un visage. Son président, Tanaka Akihiko, nous explique ce dessein à l’occasion du soixantième anniversaire de la coopération internationale japonaise.

Une contribution internationale qui a aquis la confiance du Japon

——2014 marque le 60ème anniversaire de l’aide publique au développement japonaise. Comment le Japon envisage-t-il d’utiliser l’APD à l’avenir sur le plan de la sécurité et de la diplomatie ?

TANAKA AKIHIKO  L’APD joue un rôle essentiel pour la sécurité et la diplomatie du Japon de l’après-guerre. La coopération internationale a non seulement contribué de manière significative à la sécurité de l’Asie de l’Est et du Sud-Est, mais elle a aussi servi à donner une image positive de notre pays.

Rétrospectivement, on peut aussi dire que la coopération internationale du Japon a commencé par les réparations de guerre et les quasi-réparations. Ces réparations étaient destinées au Vietnam, aux Philippines, au Myanmar, et à l’Indonésie. Elles étaient une étape dans la démarche qui a permis à notre pays qui s’était mis au ban de la communauté internationale de revenir dans son sein. Ce processus coïncide avec le début de notre coopération internationale.

Les quasi-réparations ont suivi. C’est-à-dire la coopération internationale pour jeter les bases de l’économie des pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est. Elles ont contribué au développement économique des nouveaux pays industrialisés d’Asie (NPIA), à savoir la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour, la Malaisie et la Thaïlande, et ont aussi été utiles au développement de la Chine. 

D’après une enquête effectuée par le ministère des Affaires étrangères dans sept pays de l’ASEAN sur la manière dont notre pays est perçu, le Japon a été choisi comme celui inspirant le plus de confiance parmi les onze pays mentionnés dans cinq des sept pays étudiés, les Philippines et Singapour constituant les deux exceptions (voir Figure 1).

À la question « la coopération économique et technologique du Japon a-t-elle été utile au développement de votre pays ? », 93 % des personnes sondées en Indonésie ont choisi la réponse : «  jusqu’à un certain degré », et au Vietnam, 83 % ont coché « oui, très significativement ». Pour moi, il ne fait aucun doute que la coopération internationale est un élément important pour la confiance accordée au Japon par les pays d’Asie du Sud-Est. 

Des projets qui ont fait des miracles en Asie de l’Est

TANAKA  Prenons par exemple des projets comme les mesures de prévention des inondations dans le bassin de la rivière Brantas en Indonésie ou encore le projet de développement régional de la côte est de la Thaïlande à partir des années 80. Notre coopération internationale a conduit dans les deux cas à un développement local qui a été qualifié de « miracle de l’Asie de l’Est ».

Après la crise financière asiatique de 1997-1998, la coopération économique dans le cadre de la nouvelle initiative Miyazawa (nommé d’apres le ministre des Finances de l’époque) a contribué au développement économique des pays d’Asie du Sud-Est, et à la paix, la sécurité et la prospérité de la périphérie du Japon. Depuis 1979, cette région n’a connu aucun conflit militaire inter-étatique.

Grâce à son rapide développement économique, l’Asie de l’Est est simultanément devenue un marché indispensable pour l’économie japonaise. Parce que les entreprises japonaises se sont implantées en Asie de l’Est sur les fondements de la coopération internationale, le Japon a pu maintenir une balance courante des paiements positive malgré son déficit commercial. La coopération internationale du Japon, tout en aidant les pays partenaires et en promouvant la paix, contribue aussi à la création de marchés importants pour le Japon.

——Une révision des principes fondamentaux de l’APD fait l’objet de discussions par les experts. Qu’en pensez-vous ?

TANAKA  Les arguments en ce sens me semblent pertinents. Ces dernières années, la Chine et plusieurs pays ont commencé à fournir de l’assistance à d’autres pays, et le secteur privé joue aussi un rôle croissant. Je pense que la révision des principes fondamentaux permettrait de préciser l’orientation de ce que le Japon a fait, en tenant compte de cette évolution.

Concrètement, cela signifie donner de l’importance aux efforts faits par les pays pour s’aider eux-mêmes et promouvoir la croissance économique pour sortir de la pauvreté. Il faut pour cela expliciter les approches, à savoir construire des infrastructures et développer le potentiel humain. Il s’agit aussi de continuer à renforcer la coopération fondée sur la sécurité humaine comme nous le faisons depuis une vingtaine d’années.