Chine : un problème de transparence
——Pour ce qui est des capitaux privés, ils représentent aujourd’hui presque trois fois l’APD, et les investissements de capitaux chinois sont particulièrement en augmentation. Quelle est votre analyse de ces financements non gouvernementaux ?
TANAKA Si l’on a pour point de vue que la croissance économique est importante pour réduire la pauvreté, il faut des fonds privés pour faire tourner le moteur de la croissance économique. La Chine fournit aujourd’hui non seulement des fonds privés mais aussi des fonds d’un type semblable à l’APD. C’est en soi une contribution extrêmement importante car cela aide les régions en développement du monde.
Il y a cependant un problème de transparence : il est difficile de comprendre ce que cela recouvre exactement, et comment cela a été fait. La Chine a publié en 2014 son deuxième Livre blanc sur l’assistance à l’étranger mais elle n’a pas encore fourni d’indications précises et globales.
——On entend dire que l’aide chinoise aurait un volume de l’ordre de 300 milliards de yens.
TANAKA Kitano Naohiro[/fr/authordata/kitano-naohiro/], le directeur adjoint du centre de recherche de la JICA, a fait une estimation chiffrée de l’aide internationale de la Chine[/fr/in-depth/a03401/] en utilisant les critères APD du Comité d’aide au développement de l’OCDE, à partir de documents publics chinois (voir Figure 2). En 2013, le montant ne serait pas de 300 milliards de yens, mais dépasserait 700 milliards. Selon les critères du Comité d’aide au développement de l’OCDE, cela ferait de la Chine le 6ème fournisseur d’APD au monde, après les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon et la France (voir Figure 3).
Il serait bon, du point de vue de la communauté internationale, que la Chine fasse preuve de plus de transparence à cet égard, et qu’elle présente le contenu de son aide internationale sous la même forme que les autres pays donateurs.
Il faut continuer à aider les pays les plus vulnérables
——Certains pays ne parviennent à développer ni leur économies ni leurs structures étatiques, n’est-ce pas ?
TANAKA Il y a peu de financements privés dans les pays frappés par des guerres civiles ou encore dans ceux où une guerre civile pourrait redémarrer. Dans ce genre de pays fragiles, la garantie de la sécurité humaine est essentielle, et je pense qu’on ne peut les assister que grâce à l’aide publique au développement.
Assurer le développement des régions où l’on peut compter sur la croissance économique est tout aussi important. Elles sont situées en Asie du Sud ou en Afrique, et sont souvent limitrophes de régions vulnérables.
En Asie du Sud, le Pakistan et l’Afghanistan sont fragilisées. L’Irak continue à souffrir de la guerre civile, mais une fois que ce conflit sera réglé, le pays pourra retrouver la croissance économique. Il est donc de la première importance de faire en sorte de régler le conflit.
En Afrique de l’Est, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie ou encore le Mozambique sont des pays qui ont un potentiel, mais leurs voisins, la Somalie, le Sud-Soudan ou le Tchad sont fragilisés. En Afrique de l’Ouest, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont aussi un réel potentiel, ainsi que le Sénégal, mais ce dernier pays est voisin du Mali et du Niger, et d’autres pays fragilisés. Il faut veiller à ce que les conflits là-bas ne redémarrent pas, et il faut aussi fournir une assistance forte aux pays vulnérables.
En Afrique du Nord, le Maroc et la Tunisie sont relativement stables depuis le printemps arabe. Mais le Moyen-Orient, Irak compris, est le cadre de nombreux conflits.
Dans cette région, la Jordanie qui accueille des réfugiés continue à faire preuve de vitalité. Sa population n’est que de six millions, avec 1,2 million de réfugiés de la Syrie. Il faut soutenir la Jordanie, notamment dans le but de mettre fin aux conflits qui affectent la région.
L’APD ne doit pas être militaire
——La possibilité d’utiliser indirectement l’APD pour des équipements de défense a été évoquée dans le cadre des discussions autour du droit de légitime défense collective. Qu’en pensez-vous ?
TANAKA L’APD est, de mon point de vue, une coopération non militaire. L’assistance à visée militaire ne rentre d’ailleurs pas dans la définition de l’APD. Toute assistance ayant un but de défense n’est pas de l’APD mais une aide militaire.
L’objectif de l’APD est de réaliser des buts non militaires avec des moyens non militaires. Il faut cependant reconnaître que dans certains pays en développement, l’armée est chargée de missions sociales qui n’ont rien à voir avec la défense. Refuser d’accorder dans le cadre d’une assistance consécutive à un désastre une assistance médicale parce qu’elle sera localement mise en place par l’armée du pays concerné peut empêcher d’aider des gens qui souffrent. Ce genre de cas est délicat.


